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13/10/2012

Anvers: Et si De Wever perdait

de wever

Pour Vincent de Coorebyter, directeur général du Centre de recherches et d’informations socio-politiques (Crisp), une défaite ne serait pas nécessairement négative pour Bart De Wever. Il garderait ainsi les mains libres pour préparer 2014.

Pensez-vous que le scrutin communal d’Anvers sera une répétition générale de ce qui pourrait se passer en 2014 ?

On va inévitablement interpréter le résultat de dimanche à Anvers comme peut-être l’annonce de ce qui pourrait se passer en 2014, surtout si la tendance confirme les résultats de 2010. Cela dit, l’élection pourrait ne pas être aussi favorable à la N-VA que ce que les sondages prédisent quand on mesure leurs intentions de vote au fédéral. On s’est habitué à voir des sondages qui systématiquement placent la N-VA entre 35 et 40 %. Or au fédéral, la N-VA est pratiquement la seule à incarner l’opposition. Il ne serait pas étonnant qu’elle fasse plus aux alentours de 25 %. Bart De Wever tente de détourner le scrutin communal de son sens en prétendant que c’est l’occasion pour les Flamands de manifester leur degré d’adhésion à la politique du gouvernement fédéral. Les électeurs ne sont pas dupes. Ils vont aussi se prononcer en fonction des candidats et là, la N-VA n’est pas la plus forte.

Oui, mais comme la N-VA n’était pas présente en 2006, la comparaison sera forcément très favorable. 25 % c’est énorme…

Pour la N-VA, ce sera forcément "plus 20 % ou 25 %". Ce résultat pourrait ne pas être très spectaculaire si l’on pense à ses 28 % à la Chambre et ses quelque 31 % au Sénat en 2010. Sauf que, si elle fait "simplement" 25 % seulement, ce sera surtout 25 % pris à tous les autres. Ce sera forcément une chute plus ou moins vertigineuse pour les 3 partis traditionnels, et aussi le Belang mais là on ne s’en plaindra pas. Groen ! lui a l’électorat le plus étanche aux thèses de la N-VA.

Il y aura surtout le résultat de Bart De Wever à Anvers. Il en a fait un enjeu majeur, disant : “victory or death”.

S’il gagne, il aura gagné. Mais s’il perd, aura-t-il perdu

C’est une évidence…

Je m’explique S’il gagne, indéniablement, il aura gagné : Anvers, c’est la ville phare en Flandre. C’est une élection ultra-médiatisée face à un candidat de très haut vol. Patrick Janssens est un bourgmestre très populaire, qui a tourné une page inquiétante, à savoir la menace du Vlaams Belang de prendre le pouvoir à Anvers. De Wever s’est choisi un adversaire de taille : s’il le bat, sa victoire sera donc très symbolique. Mais s’il gagne, il ne faudra pas nécessairement en conclure que ce sera représentatif de la force de la N-VA dans l’ensemble de la Flandre. Anvers a toujours été une ville très atypique, où les résultats traduisent une grande volatilité, où les partis traditionnels font parfois des scores assez dérisoires (le CD&V ou l’Open VLD), une ville qui a connu le phénomène Van Rossem, une ville qui a été le point de départ du Vlaams Blok. Il y a une forme de populisme de la N-VA qui n’est pas de même nature que le Belang mais qui commence à s’en rapprocher.

S’il ne gagne pas le maïorat…

Dans ce cas, je pense que la défaite ne sera pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour Bart De Wever. Car il restera président de la N-VA, il gardera du temps et les mains libres pour se consacrer à ce qui est quand même son objectif premier : l’élection de 2014. S’il perd, il ne devra pas prendre le maïorat et risquer de ne pas pouvoir faire les grands changements dont il rêve parce que c’est plus lent. Personnellement, je ne suis pas sûr qu’il rêve de devenir le bourgmestre d’Anvers Il a quand même mis très longtemps avant de se déclarer candidat.

Les partis flamands de la majorité devront se contenter d’aligner des “moins”. Avec un risque de radicalisation ?

Pas nécessairement. Car tout le monde a déjà anticipé voire intériorisé le probable résultat. C’est une autre situation que celle de 2010 où après la victoire de la N-VA, les autres partis étaient un peu des poules sans tête. La question sera surtout de savoir s’il y a "une" victime, un des deux partis de centre-droit, CD&V ou Open VLD. Une éventuelle radicalisation entraînerait alors des tensions avec le PS et le Premier ministre de l’autre. Pour le MR, cela peut être une bonne opération de voir la N-VA à un plus haut niveau et les partis de centre droit flamands être plus insistants sur certains thèmes et former une coalition interne.

Si Bart De Wever domine ainsi, est-ce dû à la faiblesse des autres présidents de partis ?

Nous sommes face à une nouvelle génération de présidents de parti. Plusieurs sont d’ailleurs eux-mêmes les fils d’anciens présidents de partis. Les partis ont dû aussi envoyer dans les gouvernements des personnalités fortes. Les partis n’ont pas toujours un choix infini. Et dans certains partis, il y a une crise existentielle réelle : voyez le SP.A ou l’Open VLD.

Bart De Wever, lui, est partout, mais il est quasiment seul…

Bart De Wever ne fait pas de la politique comme les autres. Bart De Wever est sur une ligne de rupture qui le rapproche de plus en plus clairement du populisme. Il n’emploie pas le discours technique, polissé, complexe, classique des responsables politiques. Il a un langage plus direct, qui traduit brutalement ce que le Flamand moyen est censé penser tout bas et que lui dit tout haut. Et il le fait dans un contexte favorable : la Flandre attend une grande réforme de l’État qui n’est toujours pas là. Et son discours met sans cesse le doigt sur tout ce qui fait mal, sur tout ce qui irrite, sur tout ce qui ne fonctionne pas Il est parvenu à concentrer sur lui toutes les colères, toutes les impatiences, toutes les irritations, toutes les formes d’hostilité au fonctionnement politique. Le Flamand moyen se dit : nous travaillons dur, nous gagnons bien notre vie, nous sommes sur une voie d’ascension sociale, nous payons des impôts de plus en plus élevés et donc, nous demandons de plus en plus de comptes à l’État. Nous aimerions que tous nos efforts ne soient pas mangés par le fisc, que les biens conquis à la sueur de notre front ne soient pas menacés par la délinquance Il y a en Flandre comme dans d’autres régions prospères de l’Europe, cette sévérité du citoyen contribuable consommateur à l’égard d’un système qui n’a pas l’air de rendre tout ce qu’on lui donne. Il n’y a donc pas un homme très fort, et d’autres qui ne le sont pas. La différence réside surtout dans les stratégies politiques.

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