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12/10/2012

Voici les clés pour comprendre l’élection

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Vincent de Coorebyter (Crisp) décortique, analyse, la situation des partis. Et livre les clés pour comprendre les enjeux, locaux et fédéraux.

A une encablure du scrutin, nous avons rencontré Vincent de Coorebyter, directeur général du Centre de recherches et d’informations socio-politiques (Crisp). Voici son analyse.

Quelles sont les différences entre le scrutin de 2006 et celui de 2012 ?

Le contraste est intéressant. En 2006, il y avait du côté francophone, les "affaires" qui frappaient essentiellement le PS dans un certain nombre de villes et de communes wallonnes. Pour le reste, le cadre politique global était relativement calme et serein. En Flandre, le leadership politique était très ouvert. Aux scrutins de 2003 et 2004, quatre partis ou coalitions de partis se retrouvaient dans un mouchoir de poche aux alentours de 24 à 26 % : VLD, sp.a, cartel CD&V/N-VA et Vlaams Blok. La position de premier parti était donc ouverte. À Bruxelles, la situation à l’échelle communale paraissait stable. Le scrutin viendra le confirmer puisque sur 19 candidats bourgmestres affichés, 18 obtiendront le maïorat.

Cette fois-ci, l’attention est au Nord du pays.

La focalisation se fait d’abord sur la Flandre puis sur Bruxelles et moins en Wallonie. Et le motif de focalisation n’est pas local, mais fédéral voire historique : le score de la N-VA.

En 2012, la situation n’est pas idéale pour les partis traditionnels…

D’une part, les partis politiques ont bien senti que les citoyens, mais eux-mêmes aussi, leurs militants, leurs cadres, étaient saturés de politique. Ils sont épuisés. Depuis les élections fédérales de 2007, il y a eu plus de 800 jours sans gouvernement de plein exercice. D’autre part, l’élection communale se déroule exactement dans le contexte que les partis flamands traditionnels et francophones redoutaient : une N-VA seule contre tous, profitant de son statut de principal voire de seul parti d’opposition à l’échelle fédérale. Elle continue à être portée par son résultat de 2010 et par les difficultés et la lenteur inhérentes à un gouvernement de 6 partis, en situation d’austérité, avec une réforme de l’État complexe à mettre en œuvre.

Pour comparer les résultats de dimanche, il faudra se souvenir des résultats de 2006…

Du côté francophone, le parti vainqueur de l’élection locale de 2006 était assurément le CDH. Il avait progressé au scrutin communal tant en Wallonie qu’à Bruxelles : là, il faisait une moyenne de 13,4 %, c’est-à-dire une position électorale plus proche de celle du PSC que des débuts du CDH. Le deuxième vainqueur était le MR, mais de manière un peu moins nette : les libéraux avaient réussi de bons scores en Wallonie avec quelques progressions fortes dans certaines grandes villes. Le MR avait un bon score global à l’élection provinciale : 27,3 %. C’était une anticipation de son sommet à l’élection fédérale de 2007. En revanche, le MR s’était tassé à Bruxelles, malgré un nombre important de communes où il y avait des listes MR-FDF : il avait perdu en moyenne 2,5 % des voix à Bruxelles.

Quels étaient les perdants en 2006 ?

On l’a dit, c’était le PS qui, aux provinciales, perdait 2 % en Wallonie. En revanche, le PS s’était redressé à Bruxelles : plus 6,6 % des voix. Mais le perdant le plus sévère, côté francophone, c’était Ecolo. Les verts avaient perdu aux provinciales (2,3 % en moyenne), perdu aux communales en Wallonie et perdaient aussi nettement à Bruxelles (moins 4,8 %).

En Wallonie, la question sera donc de savoir si la domination du PS va rester aussi forte, même après sa défaite en 2006…

Cette position a été relativement écornée à l’élection de 2006. Elle l’a été encore bien davantage en 2007 puisque le MR est, pour la première fois depuis l’instauration du suffrage universel, passé devant le PS. En 2006, le recul du PS s’est opéré dans les villes où il y avait eu des controverses sur des modes de gestion. Puis il y a eu une extension symbolique. Charleroi, Mons, La Louvière ont été touchées. À Liège et dans la banlieue, le PS avait progressé.

Malgré ce recul, la domination du PS dans les grandes villes reste pourtant écrasante…

En 2000, sur les 9 villes wallonnes de plus de 50 000 habitants, il y avait 8 bourgmestres PS. Et dans la dernière, Mouscron, le PS était dans la majorité. Après l’élection de 2006, cette puissance a été écornée mais elle est restée suffisante pour que la carte politique ne soit pas finalement bouleversée. Le PS a perdu le maïorat et a été renvoyé dans l’opposition à Namur. Mais le PS a conservé 7 postes de bourgmestre et est resté présent dans 8 majorités sur 9 des grandes villes wallonnes.

En revanche, le MR, en progrès, reste absent des maïorats des grandes villes wallonnes…

Déjà depuis l’élection fédérale, régionale, européenne de 1999, le MR est clairement le deuxième parti wallon et francophone. Cela n’a pas toujours été le cas : dans les années 80-90, il y avait toujours un match PSC-PRL. Le MR est donc incontestablement deuxième et parfois premier à l’échelle de la Communauté française. Mais cela ne se traduit pas par des positions de pouvoir fortes dans les villes les plus importantes. Il y a des positions fortes en Brabant wallon, mais dans les grandes villes wallonnes, le MR ne participe qu’à 5 majorités sortantes. Certes, c’est 2 de plus qu’après les élections de 2000. Mais être présent dans 5 grandes villes sur 9 et n’avoir aucun bourgmestre dans ces villes, pour le deuxième parti, c’est très peu par rapport à son niveau stabilisé sur la durée.

Faut-il s’attendre à des bouleversements ?

On ne voit pas très bien d’où viendraient ces grands bouleversements parce que le Parti socialiste, de prime abord, paraît plutôt à même de renouer avec des scores plus élevés là où il a été sévèrement sanctionné en 2006. Et il ne semble pas menacé dans ses bastions traditionnels.

Le MR pourrait cependant entrer dans certaines majorités : Liège, Charleroi…

Oui, il y a des changements de majorité possibles. J’ajouterai Namur là où tout me semble encore possible. C’est manifestement, en Wallonie, une des villes où l’élection me semble la plus ouverte, y compris pour le trophée de premier parti. Mais en termes de rapports de forces globaux, les modifications ne seront sans doute pas nombreuses et importantes.

Francis Van de Woestyne

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