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12/10/2012

Des regards croisés utiles sur la Belgique avant d’aller voter

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Croiser le politique et le linguistique éclaire aussi l’enjeu du vote de dimanche.

Les relations communautaires en Belgique"... En découvrant ce titre de la dernière publication de L’Harmattan/Academia (qui a son siège sur la Grand-Place de Louvain-la-Neuve), l’on a tendance à s’écrier : encore une étude sur nos palabres belgo-belges ! Et de se demander dans la foulée ce qu’on peut encore dire de neuf et d’original sur nos récurrents conflits linguistico-économico-communautaires. Pourtant, à y regarder d’un peu plus près, l’on est rapidement happé par les contributions originales d’un projet qui s’inscrit dans la collection "Science politique" de l’Association belge (francophone) éponyme et qui par certaines approches éclaire bien l’enjeu du scrutin de dimanche, si pas dans toute la Belgique, en tout cas dans les zones linguistiquement chaudes...

Les initiateurs du projet, le linguiste des Facultés Saint-Louis et de l’Université de Liège, Julien Perrez et le politologue et chargé de recherche du Fonds national de la recherche scientifique à l’Université de Liège, Min Reuchamps ont eu la bonne idée de rassembler des spécialistes de la linguistique et de la science politique dans une approche interdisciplinaire des relations communautaires. Mieux, ils ont internationalisé la démarche.

"Bien sûr, expliquent Perrez et Reuchamps, nul besoin de présenter encore le fait que la Belgique connaît depuis de très nombreuses années des relations, des tensions, des conflits, des problèmes qui sont qualifiés de communautaires. Nul besoin non plus de dire qu’ils opposent les néerlandophones aux francophones mais il reste que leur définition et leur délimitation ainsi que leur appellation restent sources de difficultés à la fois politiques et linguistiques." Partant de ce constat, ils ont sensibilisé un certain nombre de collègues et cela a débouché sur un colloque à Liège et sur un ouvrage de synthèse.

Un premier constat : "Derrière ces relations communautaires s’entrechoquent aussi une multitude de représentations qui permettent de comprendre certaines tensions. C’est pourquoi linguistes et politologues ont certainement beaucoup à partager dans le décryptage des images et métaphores qui révèlent nos opinions et attitudes politiques."

Impossible de résumer ici l’ensemble des conclusions réunies par une équipe de chercheurs de nos deux communautés mais aussi de Suisse et de France qui se sont penchés au chevet de la Belgique mais ont aussi abordé des angles britannique, suisse et canadien.

Quelques lignes de force quand même. La première, on l’empruntera à Dave Sinardet qui a étudié le traitement de Bruxelles-Hal-Vilvorde lors des débats télévisés sur la RTBF et sur la VRT. L’on sera ainsi surpris par la dureté des conclusions du chercheur bruxello-anversois qui estime que "les téléspectateurs francophones et néerlandophones ne sont pas informés d’une manière qui leur permette de se forger une opinion personnelle critique sur le cœur du problème".

Pourquoi ? "Les positions de l’autre communauté ne reçoivent quantitativement qu’une petite attention mais en outre, dans ces débats, l’hypothèse de départ est le consensus politique de sa propre communauté." Et Sinardet de regretter non seulement qu’il n’y ait pas de véritable débat fédéral sur une question essentielle pour tous les Belges mais de constater en outre que "plutôt de rapprocher les points de vue, les médias des deux côtés de la frontière linguistique ont contribué à polariser les positions politiques d’une manière telle qu’on en est arrivé à une incompréhension mutuelle sur la question".

Tout aussi passionnante est une étude menée par Jean-Claude Deroubaix et Corinne Gobin qui se sont penchés sur "le dépassement de la Belgique unitaire en 45 ans de déclarations gouvernementales", entendez de 1945 à 1992. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il a fallu attendre la réforme de 1992 pour y découvrir le terme "fédéral". Au-delà d’une étude serrée du vocabulaire, les auteurs ont constaté aussi l’importance de la... table autour de laquelle vont se nouer les accords. Elle n’apparaît certes qu’en 1965 sous le gouvernement Harmel mais sera indissociable des formations et se muera en "table ronde" lors des moments les plus décisifs...

La vision qu’ont les citoyens du fédéralisme n’a pas été éludée non plus ici par le duo des initiateurs du projet. De leurs métaphores, on voit émerger des liens avec le fonctionnement des machines ou encore du... mariage mais l’on est toujours confronté à un certain vivre-ensemble... Une approche qui n’est pas uniquement belgo-belge puisque les auteurs l’évoquent aussi dans l’étude de cas qu’ils ont fait du Canada. Puisque " le Canada est une famille et le fédéralisme une machine". On retiendra enfin l’analyse de Bernard Altermatt de l’Université de Fribourg sur "la paix des langues" en Suisse. Certes la Confédération helvétique est souvent décrite comme un modèle de pacification mais en lisant sa contribution, on sent comme une certaine proximité avec des situations très, très belges...

Christian Laporte

"Les relations communautaires en Belgique", ABSP-CF et L’Harmattan-Academia.

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