Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

11/10/2012

Boel-Vangramberen, croisement linguistique

Croisement.gifVincent Boel et Karen Vangramberen sont deux candidats atypiques. Le premier est un francophone sur une liste flamande. La seconde, une Flamande en Wallonie.


Vincent Boel n’est sans doute pas le seul dans son cas. Mais c’est quand même un spécimen rare. Le troisième candidat sur la liste SP.A à Meise a la particularité d’être un francophone. Bilingue certes, mais qui concède être plus à l’aise dans la longue de Molière que dans celle de Vondel. Dans la périphérie, ce n’est pas fréquent. La tradition est plutôt à l’apartheid linguistique : les francophones sur les listes francophones et les néerlandophones sur des listes néerlandophones. Fait piquant: la tête de liste du SP.A-Meise 2012 de Meise n’est autre que Roel Anciaux, le frère cadet de Bert et le fils de Vic qui ont fait les beaux jours de la Volksunie.

Et pourtant Vincent Boel n’est pas là pour faire de la figuration. C’est la première fois qu’il participe à un scrutin. Mais sa troisième position pourrait le mener tout droit au conseil communal. Même si le combat sera rude : le SP.A s’était présenté en cartel avec le VLD lors du scrutin précédent mais c’est son partenaire qui avait raflé la mise. Cette fois, le SP.A se présentera tout seul devant l’électeur - une première depuis 24 ans. D’où certains espoirs. "Le jeu est très ouvert cette fois-ci, commente Vincent Boel. Il y a six ans, il y avait plusieurs cartels, dont celui formé par le CD&V et la N-VA. Mais cette année, chaque parti y va seul".

Cet opticien indépendant s’est installé à Meise en 1991. Auparavant, il habitait Bruxelles, où il avait passé toute sa scolarité. Ses racines sont cependant flamandes. Ses grands-parents vivaient à Hamme. Mais ces derniers avaient inscrit le père de Vincent Boel dans une école de Braine-l’Alleud pour qu’il y apprenne le français. Un père qui s’est ensuite installé à Bruxelles où il a fait sa vie et celle de ses enfants. En français toujours. "A l’époque, c’était le Walen Buiten, explique Vincent Boel. Ma maman avait un peu peur. Elle nous a mis à l’école en français. Moi, j’ai fait l’inverse. Je me suis installé à Meise et j’ai inscrit mes enfants à l’école néerlandophone. On parle souvent de ces francophones qui refusent de parler le néerlandais en périphérie bruxelloise. Mais c’est une minorité. Il y a un tas de francophones ici qui parlent le néerlandais et qui le parlent très bien".

Vincent Boel a été approché par Roel Anciaux qu’il a croisé à l’école de leurs enfants. Il a accepté son invitation à figurer sur sa liste sans trop hésiter. "Cela fait 24 ans que le pouvoir à Meise est partagé par le CD&V et le VLD, dit-il . Il est temps que cela change. Les finances de la commune ne sont pas en grande forme malgré le fait que le revenu moyen par habitant soit l’un des plus élevés du Brabant flamand". Marié à une néerlandophone, Vincent Boel se définit comme un "zinneke". "Je n’ai pas la même approche que l’Union des francophones, avance-t-il. Je privilégie une approche plus positive, qui passe par l’adaptation". Il a d’ailleurs vu la scission de l’arrondissement BHV avec soulagement. "C’est un problème qui empoisonnait tout le monde alors que dans les faits, cela ne change pas grand-chose. Si j’étais dans une commune à facilités, j’aurais peut-être eu une autre position. Mais là, je me retrouve dans la ligne du SP.A, qui est modéré sur le plan communautaire."

Karen Vangramberen est aussi un cas d’espèce, peut-être plus rare encore que Vincent Boel. Voilà une néerlandophone qui figure sur une liste francophone, en Wallonie : elle est 17e sur la liste MR à Jodoigne. Originaire de Kessel-Lo près de Louvain, elle est venue s’installer il y a huit ans dans l’entité de Piétrain dans la commune de Jodoigne. "Nous cherchions un cadre de vie paisible et agréable, explique-t-elle. Ici, les gens sont très accueillants". Travaillant comme agent immobilier, Karen Vangramberen est une indépendante. Rien ne la prédestinait vraiment à faire de la politique, même au niveau local. "C’est une amie qui habite le village qui m’a demandé de figurer sur la liste MR, explique-t-elle. J’ai accepté. C’est la première fois que je me présente, mais je m’intéressais à la vie politique depuis quelque temps".

Installée avec sa famille à Jodoigne où elle s’est sentie très bien accueillie, Karen Vangramberen trouve normal d’adopter la langue de la région. Elle aurait pu mettre ses enfants dans une école néerlandophone - la frontière linguistique est toute proche. Mais elle a choisi de les inscrire dans un établissement francophone. Si le MR de Jean-Paul Wahl lui a demandé d’être sur la liste, c’est sans doute pour attirer la voix des Flamands qui, de plus en plus nombreux, s’installent dans les environs. Mais Karen Vangramberen dit s’adresser autant aux électeurs francophones que néerlandophones. Ses tracts sont d’ailleurs rédigés dans les deux langues. Elle dit ne pas être concernée par la question communautaire. La scission de BHV, cela ne concerne pas. "Mon engagement politique se limite à la commune de Jodoigne", lâche-t-elle.

V. R.

Les commentaires sont fermés.