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09/10/2012

Les préaccords capotent dans 4 cas sur 10

accords pré-électoraux, élections communalesLaissons faire l’électeur", susurrent généralement, la bouche en cœur et d’un sourire suave, nos politiques quand on les interroge sur leurs affinités avec la concurrence.

Il y a là une part de vérité. L’électeur est appelé à fixer des rapports de force entre partis, y compris entre alliés potentiels. Il rend aussi des coalitions possibles, et d’autres impossibles.


Mais il y a surtout, dans l’assertion convenue, une solide hypocrisie. Parce que le citoyen s’exprime pour une liste, pas pour une alliance, sauf exceptions. Parce qu’il n’est pas invité au deuxième round, celui où se nouent les coalitions qu’encourage ou impose la proportionnelle. Trois, parce qu’il n’est pas de règle autre qu’arithmétique dans l’orientation des palabres. En cas de majorité absolue, le parti qui en dispose a toute latitude de l’élargir ou non. Et dans le cas contraire, qui a la main ? Le parti encore en tête mais en perte, ou une alternative rivale dispersée mais en progrès électoraux ? Pas de réponse absolue : elle dépendra des connivences et opportunités (ou opportunismes) de circonstance

Hypocrisie de "laisser le citoyen décider", enfin, car bien des contacts voire des alliances sont noués dès avant les urnes. Or, il est très rare, sauf naturellement dans le cas des cartels, qu’ils soient annoncés aux citoyens : on n’est pas trop fier de se répartir les mandats à l’avance; on a peur de perdre la face si on échoue; on veut se ménager des possibilités d’alternative le cas échéant.

 

Il n’est donc pas facile d’évaluer le phénomène. Des experts s’y emploient pourtant, sur base de sondages, et en déduisent que la pratique est bien enracinée dans la culture communale.

D’abord, la participation à des discussions préélectorales. On peut estimer de manière globale assez stable, quoique variable selon les formations, que quatre sections locales de partis sur dix y participent (1).

Ensuite, le volume des préaccords. La même source avance que, en 2000, 66 % des communes belges faisaient l’objet d’un accord de principe dès avant l’ouverture des bureaux de vote. En 2006, le pourcentage restait identique à Bruxelles (68 %), proche en Flandre (59 %), en baisse en Wallonie (36 %). Il est possible qu’aient joué ici les incertitudes liées à l’introduction, alors, des réformes locales (désignation du bourgmestre, imposition d’un pacte de majorité, possibilité de motions de méfiance). Il est possible aussi que des tractations aient abouti entre le renvoi du questionnaire aux communes et le dimanche des élections. Du reste, une étude plus récente (2) n’accrédite pas l’hypothèse d’un fléchissement du phénomène entre 2000 et 2006. Au contraire, il est question ici de préaccords à hauteur de 75 % voilà six ans. Attention toutefois, c’est sur base d’un échantillon plus réduit (10 communes flamandes et 10 wallonnes).

On ne voit pas de raison qu’il en aille très différemment cette fois. Le CD&V Schouppe a même annoncé récemment des préaccords électoraux dans 275 des 308 communes flamandes. Démenti immédiat, exagération probable, interprétations antagoniques puisque l’on évoque un recours massif à la pratique tantôt pour écarter la N-VA, tantôt pour s’en attirer les faveurs. Ce qui revient à maintenir le parti de De Wever au centre de tous les débats Reste que celui-ci est bien l’élément déstabilisateur clé du scrutin, et que l’insécurité politique est propice aux tractations d’avant scrutin.

 

Tout cela dit, des négociations précoces ne sont pas une garantie de succès. Nos premiers experts estiment qu’un projet préalable de coalition échoue dans 4 cas sur 10. D’abord en raison des résultats électoraux décevants des signataires (32 % en 2000) ou de l’émergence incontournable d’un autre parti (19 %). Bonne nouvelle : l’électeur garde bien son mot à dire, quoi qu’on en dise au café du Commerce.

Second heureux enseignement pour la démocratie locale : l’influence des niveaux supérieurs des partis sur la tenue et la réussite et la tenue de négociations d’avant-scrutin paraît limitée. Les facteurs personnels et priorités locales comptent bien davantage.

D’ailleurs, on le verra ci-contre, ce que l’on sait des tractations d’avant le 14 octobre, en Wallonie et à Bruxelles, offre un tableau politique très bariolé, que la connaissance que l’on en a soit évidente (cartels), sûre (préaccords annoncés) ou hypothétique (tractations non confirmées). Toutefois, ce constat n’exclut nullement, dans des cas hautement stratégiques, des consignes venues d’en haut, voire une inclination politique préférentielle de celles-ci !

Paul Piret

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