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08/10/2012

Verviers: la majorité tient à un poil de barbe

welchior.gifUn gamin pédale à toute force au milieu de la rue, son petit frère sur le porte-bagages. On se trouve au cœur d’un quartier populaire, au centre de Verviers, où le bourgmestre PS Claude Desama fait le plein de voix. À deux pas de là, les derniers clients de Croc’Espace terminent leur repas. Pour le dessert, il y a le choix entre une crème brûlée ou du gâteau au chocolat. Dans cette Entreprise de formation par le travail (EFT), qui fait "vrai restaurant" tous les midis de 12 h à 14 h, on prépare quatorze adultes aux métiers de la restauration (cuisine et salle) par une pédagogie adaptée, ancrée dans les situations réelles de la vie professionnelle et sociale.


Cet après-midi, Melchior Wathelet, qui pousse la liste communale CDH pour le scrutin du 14 octobre, accompagné de trois colistiers, vient rencontrer les apprentis commis de cuisine et garçons de salle de ce projet social."On voulait venir ici parce qu’à Verviers, il y a un vrai problème d’emploi : la ville occupe la huitième place dans le classement des dix communes wallonnes au taux de chômage le plus élevé", relève le secrétaire d’État fédéral à l’Environnement, à l’Énergie, à la Mobilité et aux Réformes institutionnelles. "Il y a une vraie difficulté, mais pas de volonté politique suffisante pour réintégrer ces personnes faiblement diplômées sur le marché de l’emploi. On doit soutenir ce type de projet qui procure un vrai travail à ces gens. Il ne faut pas seulement les assister, mais les responsabiliser".

En plus, l’EFT travaille avec les producteurs locaux, qui cultivent de préférence bio, ce qui favorise les circuits courts. Croc’Espace fait d’une pierre trois coups, applaudit Wathelet : c’est un projet social, également soucieux de l’environnement et de la santé. "Développer les complexes commerciaux, c’est très bien, mais si l’emploi ne revient pas aux Verviétois Il faut absolument investir dans l’humain."

Natif de Verviers - de l’entité de Petit-Rechain, précisément - il y a pile 35 ans, Melchior Wathelet restera actif à l’échelon fédéral après les élections communales. Mais s’il n’a pas d’ambition personnelle pour la politique locale, le CDH joue gros à Verviers. L’actuelle majorité PS-MR ne tient qu’à un siège. Objectif avoué des humanistes locaux, emmenés par le député régional Marc Elsen : rendre l’alliance PS-MR numériquement impossible. Et virer Desama, "bourgmestre autoritaire et conservateur qui cause tant de tort à Verviers", dixit la tête de liste CDH dans une interview samedi à "Sud Presse". Et pour ça, il faut y aller. Le nom de Wathelet - Melchior de l’arrière-grand-père à l’arrière-petit-fils - pourrait faire la différence.

Il pleut comme vache qui pisse, mais le déluge ne décourage pas le secrétaire d’État à entamer un porte-à-porte marathon. Premier coup de sonnette, premier aboiement de chien. Le parlophone grésille. "Allô bonjour, je suis Melchior Wathelet, je me présente aux élections et je voulais vous donner mon tract". L’habitante descend sur le perron. "Je vous reconnais, mais vous avez fameusement changé ". Allusion à la barbe que le secrétaire d’État a récemment laissé pousser. "Vous n’aimez pas ?", plaisante-t-il. Mais si, le mari de la dame est barbu ! La conversation glisse sur Verviers : la pauvreté qui croît, la précarité du centre "qui fait peine à voir", l’insécurité aussi, qui grimpe "J’ai mal de voir évoluer ma ville comme ça. Il faut changer ça, il est temps, non ?". La dame écoute, sans rien laisser transparaître. Elle va réfléchir.

Une passante se retourne sur la petite troupe CDH qui arpente méthodiquement les trottoirs, avec deux candidats sur celui de gauche et deux sur celui de droite. Chaussures élimées, gilet fatigué : on voit bien qu’elle n’est pas née avec une cuiller en or dans la bouche. "J’ai bien connu votre papa. On a toujours voté pour M. Wathelet. J’ai collé votre tract sur le cartable de ma petite-fille, avec de la Super Glue 3". Pour le coup, pas besoin d’en rajouter, sinon de remercier, de serrer la main.

Porte suivante. Un cabot sonne l’alerte. Même petit laïus d’introduction : Verviers est dans le trio de tête wallon du "mal vivre"; la ville souffre; la ville est malmenée; il est temps que ça change Surprise, l’habitant, quinquagénaire, embraie un ton plus fort : "Ras-le-bol du PS ! J’étais socialiste, mais là, on en a marre de Desama. Je réfléchis sérieusement à ce que je vais faire dimanche prochain". Melchior Wathelet appuie et fait un clin d’œil. Il s’en va vers la porte suivante, en serrant le poing d’un : "Yes !".

Une dame le hèle sur le pas de sa porte. Il enjambe un jardinet pour venir la saluer. Il paraît qu’elle est lointaine cousine avec la maman de Melchior Elle sait déjà, "évidemment", ce qu’elle fera dans l’isoloir. "On a toujours voté pour votre papa". La façade d’à côté arbore la bouille d’une candidate PS. Wathelet joue le culot, sonne résolument à la porte. Un homme vient ouvrir. "Dites, j’ai vu que vous aviez une affiche PS". L’autre s’excuse presque : c’est la fille d’un ami Un brin cabot : "Oh mais vous pouvez laisser l’affiche, du moment que vous votez pour nous !".

Il tombe toujours des trombes d’eau. Coup de sonnette. Encore un chien; encore une sexagénaire en tablier : "Je vous le dis franchement : j’aimais mieux avant". La barbe, encore.

Annick Hovine 

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