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08/10/2012

"Les partis les recrutent pour la couleur de leur peau, leur religion…"

sfia.jpgSfia Bouarfa n’est plus candidate aux communales. Elle s’en explique.

Arrivée en Belgique à 20 ans du Maroc, Sfia Bouarfa s’est immergée dans le combat politique dans les rangs du PS et a participé à huit campagnes électorales. Cette députée régionale PS a décidé de ne plus se présenter à Schaerbeek pour cause de désaccord majeur avec l’évolution du vote communautaire.

 


C’est un choix fort que vous avez fait là ? On vous voyait rejoindre Bernard Clerfayt.

Les élections de 2006 m’ont terriblement traumatisée. Je m’étais fait insulter en des termes inacceptables et je n’entendais pas revivre cela en me présentant de nouveau aux communales. D’autant plus que je ne peux plus vraiment m’engager pour les valeurs qui me sont chères : le respect de la femme, l’égalité des genres sans oublier un projet véritablement socialiste.
Dès le mois de mai, j’ai fait savoir sur mon blog que je ne serais pas candidate. Certains en ont extrapolé que je pourrais me présenter sur une autre liste. Je ne nie pas que j’ai été sollicitée par des personnes avec lesquelles je me suis battue avec succès contre le nolsisme mais je ne me vois pas sur une autre liste. A moins qu’elle fût… mélenchoniste !

A l’évidence, la tournure que prend le combat local vous a découragé avec ce que vous appelez un racolage tous azimuts.

Il y a surtout la manière dont on recrute les candidats aujourd’hui. S’ils faisaient la démarche que j’avais faite d’adhérer au parti, alors d’accord. Mais ils n’agissent pas de la sorte. On les interpelle car ils appartiennent à une communauté, une religion, parce qu’ils ont une couleur de peau. C’est une gestion mercantile des candidats. Avec en outre le fait que beaucoup n’ont rien à dire et confondent les valeurs de leur parti. En tant que doyenne des candidates issues de l’immigration, je rejette ce nomadisme politique. Ce n’est pas bon pour la participation citoyenne. Où est le respect du pays et de ceux qui vivent ici ? Et qu’on ne me dise pas que l’extrême droite va en profiter. Elle le fait déjà et dit elle aussi lutter contre la précarité.

Comment ceux qui vous soutiennent ont-ils pris votre décision ?

De manière positive ! On m’a dit que je ne devais pas me taire. Mon geste n’est en rien guidé par une volonté de vengeance mais plutôt par la volonté de dire vraiment ce que je pense…

Mais que dire aux partis qui partent à la pêche aux voix ?

Il faut qu’ils apprennent aussi à perdre les élections. Tout n’est pas permis pour s’accrocher au pouvoir. Il n’y a rien de honteux à faire une cure d’opposition. La politique ne doit pas se mener dans les mosquées. Et la campagne ne doit pas se faire dans la presse des pays d’origine mais dans la nôtre. Plus que jamais, il faut être conscient que le premier ascenseur social c’est la réussite scolaire; puis il faut lutter contre les discriminations à l’embauche. La politique doit émanciper le plus grand nombre de citoyens pas servir de tremplin; c’est une illusion de le penser.

Entretien Christian Laporte

Photo: Twitter

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