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05/10/2012

Ixelles : jeter son mégot sur le trottoir peut coûter cher

ixelles, mégot, propreté

Plus de 5 000 PV seront dressés cette année en matière de propreté. Cette forte répression ne reçoit pas un bon accueil chez tout le monde.

 


La propreté publique. Avec la sécurité, c’est LE sujet qui préoccupe le plus les habitants de nombreuses communes bruxelloises. C’est particulièrement le cas à Ixelles où, dans certains quartiers, les autorités locales et régionales ont visiblement du mal à faire régner une propreté durable et visible. La malpropreté y demeure même un mal chronique. A entendre l’échevine en charge de cette compétence, ce n’est pas faute de moyens mis en œuvre au niveau local. Depuis un an maintenant, Ixelles s’est dotée d’une cellule spéciale de fonctionnaires "constatateurs" qui, forts de la législation sur les amendes administratives, contrôlent quotidiennement les Ixellois ou les citoyens de passage. Une politique de tolérance zéro, assumée par le pouvoir ixellois.

 

"Après les campagnes d’information et de sensibilisation, il est important de donner un signal dissuasif clair, la tolérance zéro est indispensable", justifie Delphine Bourgeois, échevine de la Propreté (et candidate indépendante sur la liste MR). "Ixelles est victime de son succès, précise-t-elle. La commune présente divers pôles qui attirent une population importante venue de tous les horizons. Ce qui génère un nombre important de nuisances et d’incivilités, notamment en matière de propreté." Et de citer la place Flagey, la porte de Namur ou la place du Châtelain. Autant de lieux, il est vrai, très prisés par les jeunes fêtards de l’ensemble de la Région bruxelloise, qui sont régulièrement visés par des opérations répressives. Celles-ci se déroulent volontiers lorsque les quartiers en question connaissent une grande affluence.

 

Cette politique musclée est diversement appréciée. Ainsi, ce patron de café estime que la commune va trop loin : "C’est vraiment importuner les gens, cela risque de faire fuir les clients." D’autres par contre, approuvent. "Je suis tout à fait d’accord, ce problème prend des proportions inacceptables", lance une patronne de restaurant, particulièrement importunée par la vue des quantités de mégots qui jonchent son trottoir.

 

Cette politique a, en quelques mois, fait naturellement exploser les verbalisations sur le territoire communal. En 2012, le chiffre de 5 000 sanctions administratives à l’encontre des incivilités liées à la propreté sera certainement dépassé. Elles étaient moins de 3 000 en 2009. Dans l’œil du viseur : les dépôts des sacs d’ordures ménagères en dehors des horaires de ramassage, les déjections canines non ramassées, les jets de papiers, de cannettes, de mégots, les crachats et autres mictions sur la voie publique. Ces incivilités sont passibles d’amendes allant de 80 euros environ à 250 euros.

 

Avec quels résultats ? "Je peux dire que cela va mieux", assure timidement le bourgmestre Willy Decourty (PS). "Il y a eu une amélioration dans certains quartiers, mais il est vrai que la situation n’est pas à la hauteur des attentes dans d’autres", concède l’échevine Delphine Bourgeois. Cette dernière se refuse toutefois à citer les endroits où la propreté s’est améliorée. On le sent, le dossier est très sensible et fait d’ailleurs l’objet de tiraillements à l’intérieur de la majorité PS-MR à Ixelles.

 

Le débat fait aussi rage en cette campagne électorale où ressort un certain mécontentement de la population. Pour l’opposition CDH, la Commune n’a pas choisi la bonne approche, notamment en ce qui concerne la tolérance zéro. "Cela ne sert strictement à rien, lance Olivier Degryse, candidat CDH et ancien échevin de la Propreté. I l y a d’autres priorités comme les dépôts clandestins qui empoisonnent toujours certains quartiers. Ces contrôles peuvent, par ailleurs, sembler injustes au contrevenant qui, lui aussi, voit les monceaux de déchets qui encombrent parfois les trottoirs." S’il ne nie pas l’importance d’un volet répressif dans l’action de la Commune, il préférerait voir se développer des actions ciblées de nature à impliquer la population dans l’amélioration de la propreté à Ixelles.

 

"Il faut hierarchiser et la Commune doit faire montre de pondération", approuve Christos Doulkeridis pour Ecolo. Qui ajoute qu’une logique répressive doit toujours s’accompagner d’une forme d’alternative. En l’occurrence un nombre suffisant de corbeilles publiques ou, par exemple, de cendriers urbains. "Nous préférons une logique par quartiers qui implique les habitants. Le plus important étant de responsabiliser les gens. Il ne faut pas oublier la source du problème." A savoir l’incivilité de certains. Reste à rappeler que nombre de ces inciviques n’habitent pas la commune. Et Delphine Bourgeois de répliquer en rappelant que 200 poubelles supplémentaires ont été installées sous cette législature. Pour elle, il conviendrait de convaincre les restaurateurs et les tenanciers de bars d’installer des cendriers à l’entrée de leur établissement.

 

Une autre critique fuse : l’information. Comment se douter en pénétrant la commune que la tolérance zéro y est de rigueur ? Les règles n’étant pas les mêmes partout. Bref, le problème est épineux. Et se complique encore lorsque l’on sait que la commune n’est pas responsable de la propreté sur l’ensemble de son territoire. Les voiries régionales sont en effet du ressort de l’Agence Bruxelles-Propreté. Et la propreté y est loin d’être irréprochable.

 

Mathieu Colleyn

Photo: D.R.

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