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04/10/2012

Les "esclaves" de la campagne

photo: Alexis Haulot

Accompagnant le sourire Colgate des candidats locaux qui font actuellement le porte-à-porte ou les marchés, se pressent des cohortes de petits collaborateurs politiques. Porteurs de serviettes, distributeurs de tracts ambulants, ils ne pensaient pas avoir signé pour ça lorsqu’ils sont devenus cabinettards ou encore attachés parlementaires Ce sont les "obligés" de la campagne électorale, ceux qu’on ne voit pas, qui ne se présentent pas, mais sans qui les partis politiques ne seraient qu’une coquille bien vide en temps d’élections.


Leur problème, contrairement aux militants de base, c’est qu’ils doivent à peu près tous leur job à un ou plusieurs appuis politiques. Et quand vient le temps pour leurs partis respectifs d’aller au feu électoral, il faut bien renvoyer l’ascenseur sous peine de mettre en péril une carrière durement construite à coups de rédaction de discours bien sentis ou de dossiers complets pour leur élu. C’est pour cela que ce sont des "obligés" Certains ont accepté de témoigner anonymement.

"Pendant les élections, la présence sur le terrain de tous les attachés parlementaires est obligatoire, explique ce collaborateur d’un groupe politique du Parlement wallon. Ce n’est pas une pression informelle et vague que l’on exerce sur les gens mais bien une menace très claire !" Du côté bruxellois, même topo : "De la pression ? Il va de soi que l’on met la main à la pâte pendant la campagne, même si ce n’est pas écrit dans le contrat, explique cet ex-cabinettard qui travaille désormais pour un député régional. Ne pas le faire, ce serait comme un refus d’aller bosser : autant donner sa démission tout de suite, le résultat sera le même. Mais bon, il y a toujours l’un ou l’autre petit fayot qui arrive à échapper à l’obligation d’aller faire les marchés."

Les marchés, c’est pénible, mais il y a aussi la tournée des boîtes aux lettres "Là, tous les collaborateurs doivent s’y mettre, même le chef de l’équipe des attachés parlementaires En effet, on ne paie plus d’entreprises pour distribuer les tracts depuis la réforme du financement des partis. Au Parlement, on constitue de véritables ‘war room’, avec des cartes, des zones géographiques quadrillées Tout cela en agissant selon les desiderata du chef de groupe qui va vouloir surcouvrir sa commune et les communes aux alentours. En Wallonie, faire les 262 communes ça peut être pénible . Moi, j’aime bien, c’est une belle balade, mais d’autres collaborateurs détestent ça et certains s’arrêtent à une pompe à essence pour jeter tous les tracts à la poubelle. J’ai vu ce procédé Certains en ont vraiment marre !"

Tous ces collaborateurs de l’ombre sont des ressources précieuses pendant les campagnes : une flopée d’obligés qui doivent leur poste à un parti politique et qui sont révocables sur un caprice. Particulièrement dans les cabinets ministériels où les débutants n’ont pas de réel contrat mais sont engagés par un simple arrêté ministériel, sans aucun filet de sécurité.

"Mais, même si le parti n’est pas au pouvoir, il y a des centaines de collaborateurs qui travaillent directement pour le parti et qui doivent se mobiliser pour les congrès, pour la distribution de tracts sur les marchés, pour aller coller des affiches, analyse un ancien attaché parlementaire. En effet, chaque député a, au minimum, un collaborateur universitaire à sa disposition. Plus un collaborateur non universitaire."

C’est en effet un minimum car lorsque ces députés exercent des fonctions dites spéciales (président d’assemblée, vice-président, questeur, président de commission ) on leur octroie des collaborateurs supplémentaires. "Donc en fait, en moyenne, les députés de chaque parti francophone ont trois collaborateurs à leur disposition directe, analyse l’ancien collaborateur parlementaire. A cela s’ajoutent les collaborateurs de tous ces élus quand ils ont des mandats locaux en plus Résultat : pour les partis, rien que les ‘obligés’ qui gravitent autour des députés représentent environ de 200 à 300 personnes ! En fin de compte, ça fait un joli bataillon qui peut être mobilisé quasiment à temps plein pour la campagne."

Ajoutons les collaborateurs de cabinet quand le parti est au pouvoir. Avec le nombre de ministres, ça peut chiffrer... Et là, comment sont mobilisés tous ces "obligés" ? "C’est très simple, quand on est dans un cabinet ministériel, il y a bien sûr une partie du staff qui reste dans le cabinet pendant la campagne et une partie qui doit aller sur le terrain : il s’agit de ceux qui proviennent de la commune ou de la zone géographique d’origine du ministre pour lequel ils travaillent, explique l’ancien cabinettard interrogé plus haut. Tout simplement car ils connaissent bien les gens du coin et peuvent aller les voir pour leur demander de planter un poteau électoral dans leur jardin, par exemple "

A côté de la distribution des toutes-boîtes et de tracts sur les marchés, les cabinettards peuvent aussi effectuer des jobs plus "intellectuels". "Comme relire tous les tracts communaux pour voir s’ils ne sont pas, par exemple, en contradiction directe avec le programme du parti pour la Région ou le fédéral. Oui, ça arrive !"

Parfois, on assiste aussi à une confusion des genres : certains élus font travailler pour eux, pendant la campagne, le personnel communal ou intercommunal... Encore des "obligés" potentiels... Les cas ne sont pas rares et créent souvent la polémique dans les médias. En fonction des partis, on peut également ajouter aux troupes mobilisables pour les campagnes, les personnes qui gravitent dans les sphères mutuellistes et syndicales, dans les associations proches du pouvoir.

Frédéric Chardon

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