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03/10/2012

A Anvers, en néerlandais et en turc

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Le soleil est généreux ce vendredi à Anvers. Meyrem Almaci lutte pourtant contre la fièvre. " Je ne suis pas en forme ", s’excuse-t-elle. La tête de liste Groen à Anvers a déjà beaucoup donné dans la campagne. Mais elle sait qu’elle n’aura pas l’occasion de se reposer d’ici le 14 octobre. Son agenda n’a plus le moindre blanc. Même les jours du week-end sont chargés comme l’autoroute du soleil un samedi du mois de juillet. Surtout ceux-là d’ailleurs. Ce sont les jours où les gens sont les plus accessibles, les jours de marché, de brocante, de manifestation. De débats télévisés aussi. Meyrem Almaci a d’ailleurs prévu de consacrer une partie de son après-midi à préparer le débat auquel elle devra participer le lundi suivant avec les autres têtes de série dans la métropole anversoise.


Mais pour l’heure, Meyrem Almaci n’a pas le temps d’y penser. Elle est assise à une table ronde, dans une grande salle du premier étage du siège de Groen à Anvers. Elle paraît accablée par son méchant rhume. Mais elle répond avec bienveillance, et toujours avec le sourire, à un journaliste turc du quotidien turc "Hürriyet" venu l’interroger. La conversation se déroule en turc, parfois entrecoupée par du néerlandais lorsque la candidate répond aux nombreuses personnes qui entrent et sortent de la pièce. Cette interview est importante pour la députée fédérale elle-même d’origine turque. Elle sait qu’elle peut toucher un important nombre d’électeurs. " Chaque jour , explique-t-elle, "Hürriyet" publie une édition belge. Ils suivent l’actualité politique de près. Et pas seulement les hommes et femmes politiques d’origine turque. Les lecteurs sont bien informés de ce qui se passe ici en Belgique . Il arrive que des collègues viennent me trouver. Ils ont vu leur photo et me demandent de traduire ce qu’on dit d’eux ."

Meyrem Almaci ne se présente pas comme porte-étendard d’une communauté. Mais elle n’a pas aimé le débat qui a suivi les échauffourées du 15 septembre à Borgerhout. Un groupe de jeunes avait affronté la police, en marge d’une fête de quartier, le fête des Géants à cause du film satirique "L’innocence des musulmans". Dans les jours qui ont suivi, Bart De Wever, l’incontournable tête de liste N-VA à Anvers, avait allumé la poudre. Il avait dit que " non, la ville n’est pas à tout le monde " en référence au slogan qui orne les banderoles officielles d’Anvers ("’t stad is van iedereen"). " La ville n’appartient pas aux salafistes, ni à ceux qui ne respectent pas nos valeurs ", avait-il dit. Et de promettre de changer ce slogan s’il devenait locataire du "Schoon verdiep" - littéralement, le bel étage qui désigne à Anvers le bureau du bourgmestre. " C’est absurde , rigole Meyrem Almaci. C’est lui qui va désigner ceux à qui la ville appartient et ceux à qui elle n’appartient pas. Est-ce lui qui va faire la sélection ? Fera-t-il comme un empereur romain aux jeux, qui lève ou baisse son pouce ? Ce sont nos jeunes. La question qu’il faut se poser, c’est comment les intégrer. Arrêtons avec les slogans. On veut des solutions ."

La difficulté pour Meyrem Almaci dans cette campagne, c’est de se faire entendre. Les médias se focalisent sur le duel entre le bourgmestre actuel, le SP.A Patrick Janssens et le favori des sondages, le N-VA Bart De Wever. Un combat de titan. Qui laisse peu de place aux autres candidats. " Ce que je dis aux gens , explique la députée écologiste, c’est présenter les élections communales à Anvers sous forme d’un face-à-face arrange bien les deux candidats. On parle d’eux. Mais on oublie de dire qu’ils étaient ensemble dans la majorité depuis 2006. Et qu’ils seront peut-être obligés de gouverner ensemble encore jusqu’en 2012. Ceux qui veulent une vraie politique progressiste doivent y réfléchir. S’ils veulent rendre cette alliance impossible, c’est pour Groen qu’ils doivent voter ."

Meyrem Almaci a à peine le temps de boire une chope de thé. Elle est ensuite presque poussée devant un ordinateur par une collaboratrice du parti. C’est l’heure d’un chat organisé via la page Facebook du parti. Les questions arrivent au compte-gouttes. Meyrem s’applique. Cela part dans tous les sens. Les caméras de surveillance, la répression des drogues, les voitures électriques, le Ring autour d’Anvers, l’équilibre budgétaire. L’écologiste répond une à une aux interpellations. Et entre deux réponses, elle trouve encore le temps d’envoyer un petit message à sa sœur qui la voyait connectée.

Aucun des moyens de toucher le public n’est négligé. La presse, les réseaux sociaux. Et le contact direct avec le citoyen. Après avoir mangé un sandwich dans un snack branché ouvert récemment dans le district de Berchem, Meyrem Almaci rejoint deux autres candidats de sa liste pour une visite des commerces de la Statiestraat où Groen a précisément son siège. " Ici, nous n’avons pas encore demandé l’autorisation de mettre nos affiches sur les devantures des magasins ", justifie la candidate. De toute évidence, un jeune candidat, d’origine turque comme elle, mais sur la liste SP.A, est passé avant elle. Son visage est placardé sur presque tous les commerces de la rue. Mais cela ne désarme pas Meyrem Almaci. Elle est connue dans la rue. Beaucoup de commerçants sont aussi d’origine turque. Ils ne se font pas prier pour accepter de coller une affiche de la candidate Groen à côté de celle du candidat SP.A. Dans le district de Berchem, les deux partis sont d’ailleurs en cartel. Elle s’engouffre dans un café, avec une pile d’affiches sur les bras. A ce moment, dans la rue, Patrick Janssens passe à vélo, suivi d’une dizaine d’autres cyclistes, en saluant les piétons.

Vincent Rocour

Photo: Photo News

10:59 Publié dans Flandre | Tags : anvers, meyrem almaci, groen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |

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