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01/10/2012

Dinant: Fournaux, l’autre "Monsieur Nœud pap"

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Dans le hall du bel hôtel de ville de Dinant, s’affairent des peintres. Le bourgmestre de la cité mosane, Richard Fournaux, complet bleu et nœud papillon assorti, les encourage et leur prodigue quelques conseils. On ne se refait pas. Avant de tomber dans la marmite de la politique, Fournaux dirigeait une entreprise de peinture. " Quand j’ai quitté le CDH pour rejoindre le MR, André Antoine, furieux, m’a lancé : ‘Retourne à tes pinceaux’" , dit-il en rigolant.


Candidat à sa succession, Richard Fournaux mène une campagne qui pourrait paraître "pépère". Entendez par là qu’il ne court pas les marchés, les inaugurations ou les brocantes. " Je suis bourgmestre et mon job est de faire tourner ma commune. Je n’ai rien changé de fondamental à mes habitudes. Le porte-à-porte, je laisse cela aux jeunes candidats et aux membres de l’opposition CDH, PS et Ecolo. Leur discours me revient aux oreilles car ils démarchent régulièrement des amis politiques. Je sais qu’ils me reprochent de manquer de relais à la Région wallonne, mais leurs propos, c’est de l’escroquerie."

Est-il pour autant sûr de décrocher la majorité absolue ? " La situation est assez bizarre. Depuis mon acquittement dans le dossier du Casino (NdlR : Fournaux était poursuivi devant le tribunal correctionnel pour faux mais a, après bien des péripéties, été acquitté de ces préventions en avril dernier), bien des gens croient que je suis sur du velours, que mes ennuis sont derrière moi, qu’il ne peut plus rien m’arriver. Mais outre qu’un procès en appel m’attend en novembre, il ne faudrait pas croire que la victoire va me tomber toute cuite dans le bec. "

Richard Fournaux n’en croit pas moins aux vertus de l’action quotidienne. "J ’ai des journées chargées. Hier, j’ai réglé plusieurs dossiers compliqués comme celui du nouveau siège de la police. Vous savez, Dinant est une ville assez difficile à gérer, ne serait-ce que par ses particularités géographiques. Elle est encaissée, coincée entre la Meuse et le rocher, et cela pose une série de problèmes en matière d’urbanisme, de mobilité, de parking, d’égouttage. C’est aussi une ville à vocation touristique et il faut redoubler d’imagination pour y créer de l’animation. De ce point de vue, je suis plutôt fier du jumelage récent entre ma ville et Disneyland Paris. "

On en est là du discours un brin satisfait de Richard Fournaux quand on frappe à la porte de son vaste bureau. C’est une conseillère communale qui lui amène un couple de retraités néerlandais. Ils ont quitté Haarlem et leur entreprise de déménagement pour Dinant en 2003. La conversation s’engage en flamand. L’accent de Richard Fournaux est, disons, pittoresque et sa syntaxe parfois originale mais le débit est rapide et aisé. "J ’ai appris le néerlandais sur le tas à la Chambre et je le parle tous les jours. Je suis comme mes collègues du Nord. J’ose me lancer. Tant pis s’il y a des approximations, je me fais comprendre. "

En effet, le couple, venu entretenir son bourgmestre de soucis de voisinage, repart, le temps d’avaler "une jatte" de café, rasséréné. Le ciel s’est obscurci. Nous sortons sous l’averse mais Fournaux garde la tête nue. Il arpente la rue Grande, continuellement embouteillée, d’un pas décidé. Les automobilistes baissent la vitre de leurs voitures qui avancent au pas et hèlent par dizaines un candidat visiblement aux anges.

Un petit salut par ci, un bonjour sonore par là et le voilà qui entre dans un night-shop tenu par un couple d’Irakiens arrivés à Dinant il y a vingt ans. Il claque une bise à la patronne et rejoint, à l’arrière du magasin, le bureau du patron. Il s’assied sans façons dans cette pièce qui tient un peu du capharnaüm. Le commerçant se plaint de l’humidité des lieux, il aimerait déménager. Le bourgmestre lui glisse les coordonnées d’un expert immobilier qui pourrait l’aider dans ses démarches, demande des nouvelles des enfants de son interlocuteur (" en voilà un qui ne compte pas ses heures, il devrait y en avoir beaucoup plus comme lui en Wallonie ", nous glissera-t-il un peu plus tard) et repart vers l’autre rive de la Meuse, au "chômage" pour le moment, ce qui permet d’en découvrir les berges brunâtres.

Sur le pont Charles-de-Gaulle, décorée de dizaines de saxophones multicolores, Richard Fournaux, entre deux poignées de mains ou échanges de bises, nous confie que, s’il a envie de rempiler, c’est notamment pour pouvoir participer activement aux célébrations marquant le centième anniversaire de la Première Guerre mondiale. " Dinant a été officiellement reconnue comme ville martyre, en raison du massacre du 23 août 1914, qui vit 674 Dinantais passés par les armes par les Allemands. Huit jours plus tôt, des combats intenses avaient opposé les troupes allemandes et françaises. Alors jeune lieutenant, Charles de Gaulle fut blessé sur le pont qui porte aujourd’hui son nom et fut recueilli par une famille dinantaise. J’entends rendre hommage à nos voisins en général et à ce grand homme, l’un des bâtisseurs de l’Europe d’aujourd’hui, en particulier ", s’enflamme le bourgmestre au nœud pap.

Le temps de nous raconter tout cela et il entre dans un salon de thé, sis à l’un des coins du pont.

Après avoir salué les clients, il gagne le premier étage, histoire de remettre en place une affiche qui court tout le long du balcon de l’édifice. " Des affiches à mon effigie, vous n’en trouverez pas beaucoup mais elles sont toutes placées à des endroits stratégiques. " Un vieux briscard, on vous le dit.

Jean-Claude Matgen

(photo: Photo News)

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