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29/09/2012

Schaerbeek: C’est la lutte finale

schaerbeek

Combien d’allochtones sur ma liste ?" Bernard Clerfayt jure qu’il n’a jamais compté. La tête de liste schaerbeekoise étale devant lui le trombinoscope de la Liste du Bourgmestre (LB) et compte consciencieusement "Les Européens, je les mets aussi ?" Résultat : il y a 22 candidats d’origine étrangère, dont 4 Européens, sur un total de 47.


Les temps ont bien changé à Schaerbeek, la première commune du pays avec 130 000 habitants.

Entre 1970 et 1989, le bourgmestre FDF Roger Nols avait défrayé la chronique en s’opposant avec force à l’immigration et au droit de vote des étrangers. Aujourd’hui, le FDF Bernard Clerfayt assume sans complexe la diversité culturelle de sa commune et présente, comme tous les autres partis, une liste ouverte à toutes les communautés.

Bernard Clerfayt, 50 ans, trois enfants, brigue un troisième mandat dans sa commune - et la campagne est dure. "Je suis fatigué aujourd’hui , confie-t-il au journaliste. Ce n’est pas le bon jour. Hier soir, je suis rentré tôt, à 21 heures."

Le bourgmestre sortant dirige une commune fortement convoitée. Laurette Onkelinx, qui dispose d’un petit appartement en face de la RTBF, remet le couvert à la tête de la liste du PS. Une dissidence libérale, emmenée par Georges Verzin, est dictée par la scission sur le plan national entre le MR et le FDF.

Septante-deux pour cent du comité directeur du MR schaerbeekois sont restés fidèle à la Liste du Bourgmestre, assure son colistier Etienne Noël. La LB comprend 22 candidats FDF, 18 libéraux, 5 indépendants et 2 néerlandophones, mais il n’empêche : Clerfayt a désormais une liste rivale du MR emmenée par son échevin de la Culture et de l’Instruction publique.

Et le PS n’est pas en reste : en 2006, Clerfayt avait remporté plus de voix de popularité que l’ensemble des votes pour le PS schaerbeekois. Cette fois-ci, le PS a parié sur la jeunesse : outre Laurette Onkelinx, tête de liste mais décidée à ne pas exercer un mandat de maïorat si elle l’emporte, on trouve son conseiller Yves Goldstein, Catherine Moureaux, fille du bourgmestre de Molenbeek, et l’incontournable Emin Özkara dont les affiches sont omniprésentes dans les cafés turcs de Schaerbeek.

Le soutien des "barons" du parti a été total. Même Louis Michel est venu à la brocante, suivi de la vice-Première ministre. "A 11 heures, on a eu quelqu’un qui venait de Jodoigne et à midi, on a eu quelqu’un de Lasne, ironise le bourgmestre. Je sens les calculs d es états-majors sur les grandes majorités bruxelloises. Dommage pour le débat. Il y en a peu sur la qualité des projets." Bernard Clerfayt a annoncé qu’il s’appuierait sur une majorité LB/CDH/Ecolo mais on sent bien, dans l’attente des résultats, que le jeu reste très ouvert. " Tout le monde vient me voir" , lâche-t-il.

Schaerbeek est à l’image de nombreuses communes bruxelloises. Sa population a gagné 20 000 habitants en dix ans. Ses infrastructures ne sont pas suffisantes. La qualité de ses écoles baisse selon ses habitants (15 sur 70 relèvent du pouvoir communal), avec une concentration dans certains établissements d’élèves ne parlant pas le français comme langue maternelle. Les crèches manquent. Chaque assistante sociale du CPAS a 450 dossiers à gérer par an.

L’augmentation de la population a aussi pour effet ce qu’on appelle à Schaerbeek "la guerre du parking", la lutte pour obtenir une place de voiture. La multiplication des maisons divisées en appartements augmente le nombre de véhicules. La commune tente actuellement de convaincre les grandes surfaces de mettre à disposition leurs parkings pendant la nuit, multiplie les zones à horodateurs (tout en accordant une carte de riverains gratuite) et part en chasse contre les voitures immatriculées à l’étranger dont les propriétaires ne paient jamais leurs redevances. Certains propriétaires accumulent jusqu’à trente-cinq redevances impayées. Schaerbeek a donc décidé de faire placer des sabots sur les voitures des récalcitrants.

Le projet d’un métro automatique suivant grosso modo l’itinéraire du tram 55 - la préférence du bourgmestre sortant - fait aussi débat, même si la tête de liste LB regrette que ce vieux projet, ressorti subitement par Beliris et (la candidate) Laurette Onkelinx début septembre, ne puisse maintenant être finalisé qu’en 2023.

C’est de tout cela - et de beaucoup de problèmes personnels - dont les Schaerbeekois parlent lorsque Bernard Clerfayt part en campagne, que cela soit, comme jeudi, pour distribuer ses tracts sur la chaussée d’Helmet, encourager un nouveau cuisiniste près de la caserne Dailly ou participer à un débat électoral mis sur pied par l’asbl "Agissons Ensemble".

" Vous habitez Schaerbeek ? Je suis votre bourgmestre", tente le candidat à chaque piéton qu’il salue sur la chaussée d’Helmet. Dans cette rue commerciale, c’est un quitte ou double. Certains viennent d’Evere, d’autres de Roumanie La plupart reconnaissent leur élu. Clerfayt, devenu échevin dès 1995, est populaire. Et à ceux qui lui prédisent l’usure du pouvoir, il a répliqué avec une affiche tournée vers l’avenir : "Demain, avançons !"

Comme tous les partis, la LB tente d’attirer les votes communautaires. Turcs, Marocains, Albanais, Polonais sont nombreux à Schaerbeek tout comme les fonctionnaires européens dans les beaux quartiers. En campane, il faut ratisser large à Schaerbeek. Un soir, le bourgmestre sortant rencontre l’aristocratie locale. Le lendemain, il pose avec le président albanais, de passage à Bruxelles, et entreprend de restaurer la statue du héros albanais Skanderbeg au square Prévost-Delaunay. Malgré cette extraordinaire diversité, Schaerbeek a connu peu d’incidents interethniques, sinon lorsque les heurts entre Turcs et Kurdes ont débordé en 2007 de Saint-Josse. Bernard Clerfayt l’attribue à une stratégie équitable d’investissement de la commune. " Il faut agir dans les quartiers de la même façon , dit-il. Cela casse le sentiment de désespérance qui est à la source des explosions. La cause première, c’est un sentiment d’abandon."

Christophe Lamfalussy

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