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27/09/2012

Le CD&V, ce parti masochiste

pict_447899.jpgDeux déclarations, faites en deux jours, ont enflammé la campagne électorale au Nord du pays. Deux énormes maladresses, commises à quelques heures d’intervalles par deux CD&V. Et non des moindres : un ancien président ad interim, Etienne Schouppe, mais aussi le président actuel, Wouter Beke. Et il ne faut pas être grand clerc pour deviner qui tire les marrons du feu de ces gaffes : Bart De Wever qui, évidemment, n’en demandait pas tant...


Rappel. Dans une interview au journal flamand gratuit "Metro", Wouter Beke, d’ordinaire assez avare en bons mots, ou en mots tout simplement, a répondu "oui" à cette question : "Le CD&V ne souffre-t-il pas d’un manque d’histoire, de contenu ?" (Le terme utilisé est "verhaal" en flamand). En lisant le contenu de cette interview, les démocrates chrétiens flamands ont avalé leur café de travers ? Comment le principal intéressé a-t-il pu commettre un tel impair ? Réponse de l’entourage de l’intéressé : on lui a posé une question. Il y a répondu. Et il n’a pas l’habitude de mentir.

Soit. Mais de là à admettre ouvertement que son parti n’a pas de contenu, de ligne claire, cela ressemble furieusement à une grosse faute politique. D’autant que Wouter Beke ne s’est pas limité à cela : il a annoncé que son parti avait l’intention d’organiser un grand congrès doctrinal à l’automne 2013 pour réaffirmer les valeurs du parti.

Soit encore. Mais c’est oublier sans doute un peu vite que le parti a déjà pratiqué le même exercice d’introspection en 2011. A l’époque, Rik Torfs et Inge Vervotte avaient rédigé une réflexion baptisée "Rapport sur le renouveau idéologique". Le travail n’avait pas plu à tout le monde. Entre individualisme et personnalisme, les auteurs semblaient couper les cheveux en quatre. Mais l’annonce d’un nouveau congrès, deux ans après le travail de 2011, laisse à penser que la réflexion en profondeur réalisée par les deux penseurs ne méritait qu’un seul destin : la poubelle. De plus, en remettant continuellement en cause la doctrine d’un parti, cela démontre que celle-ci n’est pas clairement définie. "L’idée, en soi, n’est pas mauvaise, explique un CD&V. Nous devons retrouver une personnalité forte. Mais la gaffe, c’est évidemment le timing " En fait, d’après ce que l’on peut comprendre, Wouter Beke n’a pas voulu proposer un congrès doctrinal (il prépare un livre sur les fondements du CD&V), mais bien une réflexion sur la manière dont les entités fédérées géreront les matières transférées. Mais que diable ne l’a-t-il dit !

Autre maladresse : cette interview a été publiée le jour même où Kris Peeters, le ministre-Président du gouvernement flamand, présentait, fier comme Artaban, son projet de budget pour 2013. Autant dire que la copie de Peeters est passée quasiment inaperçue. Et que fait Bart De Wever pendant ce temps-là ? Il engrange, évidemment. Sans le moindre effort.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le lendemain, c’est Etienne Schouppe, ancien président ad interim du CD&V et ex-secrétaire d’Etat à la Mobilité, qui y est allé de sa petite phrase. Selon lui, des préaccords ont déjà été conclus dans 275 des 308 communes flamandes. Des accords, fallait-il comprendre, qui ont surtout pour objectif d’écarter les nationalistes flamands des futures majorités communales ! On imagine, ici encore, le plaisir qu’a dû ressentir Bart De Wever en découvrant ces propos, lui qui partout où il parle, tente d’accréditer la thèse que la N-VA est seule contre tous les autres, qu’il y a, d’une part, les partis de l’establishment (CD&V, Open VLD et SPA) et d’autre par la N-VA, un parti vraiment indépendant.

Evidemment, les présidents des partis "traditionnels" ont réagi sur le champ. Wouter Beke a démenti avec force l’existence de tels accords : "Sur le plan local, tous les partis se reniflent l’un l’autre, mais c’est l’électeur qui décide". Une fois encore, Bart De Wever n’en demandait pas tant : "J’ai l’impression qu’Etienne Schouppe a dit une vérité inconvenante et que tous les partis essaient de réfuter qu’il y ait des préaccords " "De Standaard" a mené son enquête. D’après le journal flamand, tous les partis auraient, çà et là, des accords avec la N-VA "Je ne suis pas au courant de tels accords, mais je suppose qu’il doit y en avoir pour écarter la N-VA" a renchéri Bart De Wever, trop content de ronger l’os lancé par Etienne Schouppe.

Cet épisode confirme un fait : la classe politique flamande s’emmêle les pinceaux et ne sait pas comment "prendre" la N-VA. Dave Sinardet, politologue à l’Université d’Anvers, confirme le malaise des partis flamands. "Il est vrai qu’ils sont tous focalisés sur la N-VA. Mais remarquez que c’est aussi à cause des médias qui font de la N-VA un enjeu de campagne". Et les partis se laissent entraîner. Mais comment dès lors, faire face ? Dave Sinardet explique : "Une déclaration comme celle de Guy Verhofstadt - (Il a dit : "En fait, N-VA et extrême droite c’est la même chose") - n’aide pas. Je pense qu’il faut essayer de fuir les slogans, et éviter de diaboliser les nationalistes. Moi je crois que Patrick Janssens, le bourgmestre d’Anvers, a la bonne attitude. Il essaye d’apporter des réponses concrètes, il réplique en se basant sur des faits. Il faut, par exemple, rappeler que la N-VA participe au pouvoir au gouvernement flamand et que la politique qu’elle y mène n’est pas très libérale".

En clair, il y a un grand problème de communication et de perception. Est-il encore possible de corriger cela avant le 14 octobre ?

V.d.W.

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