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24/09/2012

En Wallonie, le violet tendance ?

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Le microcosme politique wallon n’est pas, comme en Flandre, suspendu à la tenue électorale d’ensemble d’un certain parti, en l’espèce la N-VA. Il n’est même pas, en Wallonie, d’enjeu régional du 14 octobre aussi explicite que les réajustements à venir entre le MR et le FDF dans les communes bruxelloises, en ce premier scrutin d’après leur divorce. Le paysage local wallon est à la fois plus éparpillé et globalement plus stable. Toute vue d’ensemble s’en trouve brouillée par le poids des personnalités et configurations de chaque cru.


Par ailleurs, techniquement, 2012 n’appelle pas autant de considérations générales qu’en 2006. Les élections d’alors avaient étrenné des réformes d’envergure, en tête desquelles un nouveau mode de désignation du bourgmestre. Elles ne sont cette fois que reconduites. Ce qui en émousse sinon l’intérêt, la portée inédite.

Bref, que ce soit pour des raisons politiques, géographiques ou d’intendance, il est moins évident en Wallonie qu’ailleurs de déborder des spécificités locales. On en compte 262 : une par commune. Pourtant, n’écartons pas le postulat que le 14 octobre et ses suites joueront plus généralement. On peut en convenir à quatre niveaux.

1. Des candidats. Il en est dont les résultats engrangés dans leurs fiefs pourront déterminer leur légitimité par-delà. Songeons aux présidents de partis, dont les récents débuts, à tous les quatre, prêtent à débat. A quelle hauteur Charles Michel (MR) va-t-il confirmer à Wavre et Benoît Lutgen (CDH) s’implanter à Bastogne ? Thierry Giet (PS) renversera-t-il la majorité à Sprimont ? Emily Hoyos (Ecolo) sortira-t-elle son parti de la marginalisation à Profondeville ? Songeons aussi aux ministres qui, quasi tous, sont candidats. Même quand ils se bornent à "pousser" leur liste, ils engagent leurs capacités d’adhésion et donc d’influence. A fortiori quand ils s’inscrivent en tête, serait-ce sans intention de quitter leur portefeuille; l’exemple vient d’en haut avec pour la première fois un Premier ministre, Elio Di Rupo (PS), à Mons. Sans oublier des remaniements possibles : une Laruelle (MR) et une Tillieux (PS) quitteront leurs exécutifs respectifs, fédéral et wallon, si elles s’emparent du maïorat de Gembloux et Namur. Quant au ministre-Président wallon et francophone Rudy Demotte (PS), quoi qu’il démente, on ne peut exclure son départ de l’Elysette, non pas le cas échéant vers le maïorat de Tournai pour lequel il se déclarerait empêché, mais comme pion d’un jeu de remplacements; on pense d’abord à celui de Paul Magnette (PS), en passe de quitter l’équipe Di Rupo pour le maïorat carolo.

2. Des cas. Il est aussi des enjeux wallons dans les résultats qui se dégageront des plus grosses entités, par le seul fait de leur importance. Singulièrement, si le PS parvient à récupérer le maïorat de Namur, à le maintenir à Verviers et à le ravir à Mouscron, il ne sera pas anecdotique que les socialistes trustent les bourgmestres des neuf villes wallonnes de plus de 50 000 habitants D’un intérêt moindre en soi, d’autres joutes locales peuvent retenir l’attention collective pour l’une ou l’autre raison. On citera ici, parmi d’autres, les heureuses cités de Huy, Nivelles, Amay, Ans, Ciney, Gembloux, Ottignies, Enghien, Arlon, Dinant, Herve, Neufchâteau, Waremme ou Fontaine-l’Evêque.

3. Des partis. A priori, c’est le plus évident : la somme des résultats locaux fournira un nouveau boulier compteur des rapports de force politiques. Attention toutefois à l’emprise des contingences locales sur le choix des électeurs. Et puis, les sigles propres et autres cartels spécifiques sont plus nombreux voire moins transparents qu’ailleurs : en 2006, pas plus de 466 listes sur 1 031 déposées en Wallonie l’ont été sous un numéro régional. Cette dispersion complique les bilans globaux et comparaisons. C’est moins vrai des scrutins provinciaux, où les grandes formations se présentent telles quelles et où l’électeur peut s’exprimer de manière générale. C’est ainsi l’élection la moins proche du citoyen qui pourra fournir un sondage réel du paysage politique wallon à seulement vingt mois, déjà, des grandes explications électorales à venir (les législatives et régionales de la mi-2014). Reste que, moyennant les précautions qui s’imposent, les positions communales sortantes sont celles-ci en Wallonie. Si l’on mêle les étiquetés, apparentés et sympathisants, le PS peut revendiquer une centaine de bourgmestres; le MR, environ 80; le CDH, 69 et Ecolo, 2. Tandis que les deux premiers siégeraient dans quelque 150 majorités; le CDH, dans environ 120; et Ecolo, dans 25.

4. Des tendances. C’est le plus subtil et indicible des enjeux généraux : une ligne de coalitions pourra-t-elle être identifiée ? En octobre 2000, les débuts euphoriques des majorités arc-en-ciel parurent imposer bien des alliances PS-MR locales, surtout en Hainaut et dans le Brabant wallon ainsi que dans les coalitions provinciales (cinq alliances violettes sur cinq !). Ce fut plus disparate en 2006. Ne serait-ce qu’en miroir des coalitions différentes aux étages supérieurs : libérales-socialistes au fédéral, PS-CDH à la Région et à la Communauté. Ainsi, si le vieux ménage PS-CDH sombra à Verviers, ce fut le cas du vieux ménage PS-MR à Tournai. Ainsi, l’on vit des coalitions aussi inattendues que CDH-Ecolo-MR à Namur ou MR-Ecolo en province du Brabant wallon. Cette fois, le violet PS-MR paraît à nouveau tendance, indifféremment aux rapports idéologiques gauche/droite davantage clivés hors terrains locaux. On suppute au moins deux raisons à cela. D’une part, le dénouement de la plus longue crise belge, fin 2011, n’aurait pas été sans accommodements entre socialistes et libéraux, qui ne doivent pas nécessairement attendre l’après-2014 pour s’exprimer. D’autre part, bien des cartes sont à rebattre dans les grosses entités locales. Avec un MR qui pourrait être choisi par le PS à Charleroi; qui pourrait arbitrer le duel coriace entre CDH et PS à Namur; qui pourrait être préféré au CDH par le PS à Liège et Tournai; qui pourrait rempiler avec le PS à Mons, La Louvière, Verviers. Evidemment, les états-majors nient toute grande combine. Reste qu’il y a du champ pour le rouge et bleu. Auquel cas, le devrait-on à l’addition de conjonctures locales aux convergences naturelles et fortuites; ou à des stratégies et consignes "d’en haut" qui pourraient anticiper sur d’autres connivences dans les deux ans ? Excellente question, aussitôt flanquée de celle de l’impact qu’aurait pareille configuration sur l’état des majorités wallonne et francophone Olivier déjà en pétard.

Paul Piret

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