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23/09/2012

Amay: Robert Collignon peut-il faire tomber Jean-Michel Javaux?

pict_447220.gifSur la place Sainte-Ode d’Amay, en région liégeoise, un passant l’interpelle : " J’espère que vous allez leur mettre la pâtée aux Ecolos ! " Robert Collignon sourit. Il finira par lui donner quelques photos électorales. Impossible pour lui de faire plus de deux mètres sans être interpellé : il semble connaître tout le monde à Amay Et tout le monde le reconnaît. Ces six années passées loin des projecteurs médiatiques n’ont, semble-t-il, pas altéré sa cote de popularité.


Il faut dire que l’homme est une figure importante de la politique locale. Bourgmestre de la ville de 1987 à 1994, puis de 2004 à 2006, ce régionaliste convaincu a également été, entre autres, ministre-président de la Région wallonne. En 2006, pourtant, il le jurait : " La politique, pour moi, c’est terminé. " A un Collignon devait succéder un autre Collignon à la tête de la Ville. Son fils, Christophe, semblait promis au poste de bourgmestre. Mais Jean-Michel Javaux, alors coprésident d’Ecolo, et Martine Delvenne, l’unique élue MR au conseil communal, en avaient décidé autrement. En s’alliant, écologistes et libéraux avaient mis un terme à des dizaines d’années de gestion socialiste à Amay.

Un échec vécu comme un camouflet par les Collignon. " Le climat était détestable en 2006, se souvient Robert Collignon. Insultes, intimidations, incendies, rien ne m’a été épargné. Ça a bien sûr joué dans ma décision de prendre du recul. Etait-ce une erreur ? L’histoire l’a démontré " Aujourd’hui, son fils est candidat à Huy, sa fille Christine à Villers-le-Bouillet et lui est de nouveau sur la liste socialiste amaytoise. Une véritable dynastie

Pour ce duel au sommet entre Jean-Michel Javaux et Robert Collignon, la ville sera au centre des attentions, le 14 octobre. Actuellement, le PS et Ecolo ont chacun 11 sièges au Conseil communal. Le prochain scrutin pourrait donc redistribuer les cartes, et changer les rapports de force. D’autant que le retour de Robert Collignon a changé la donne. Il s’agit d’un renfort de poids pour le PS amaytois.

C’est au contact de la population qu’il a décidé de se représenter aux prochaines élections communales. Et peut-être aussi pour laver son honneur. " Fin 2005, j’ai été l’objet d’attaques très dures, des attaques personnelles. On a sali mon bilan, on ne m’a jamais remercié pour tout ce que j’ai fait. La plaie n’est pas cicatrisée " Il revient avec la volonté d’être le prochain bourgmestre. " Durant ces six ans, j’ai pu me ressourcer. Les deux premières années, c’est chouette, la retraite, on lit beaucoup. Mais dès la troisième année déjà, l’ennui me guettait. Dire que ça a été difficile de revenir, ce serait mentir. J’estime que j’ai toutes mes chances pour le poste de bourgmestre, sinon je ne serais pas là. Je ne me ferais pas hara-kiri quand même Je n’ai d’ailleurs pas de sabre ." (Rires).

Mais s’il revient, c’est aussi parce qu’il dit aimer sa ville. Et la direction prise par la commune durant cette mandature ne lui plaît pas. Il n’est pas tendre avec la politique d’Ecolo qu’il juge trop peu audacieuse : " La ville est comme entrée en hibernation. Le centre perd ses commerces, le RAVeL n’avance pas, on n’a pas construit un seul logement Il faut bouger, il faut être fier d’Amay ! "

Robert Collignon arrive devant la collégiale et le prieuré. " On a une architecture de qualité à Amay. C’est bien, mais faut la mettre davantage en valeur. J’ai vraiment envie d’améliorer les choses : recréer un centre-ville attractif, régler les problèmes d’insécurité, notamment en développant des activités en soirée, rénover ce qui doit l’être Ayons de l’ambition pour la ville ! "

 

D’un pas lent, l’ancien bourgmestre arpente les rues de sa commune. Il serre quelques mains, embrasse une vieille dame. Robert Collignon prend une minute pour discuter avec chacun. La routine, finalement, pour cette bête politique. Pas question de changer ses habitudes en période préélectorale. " Pour ma part, les trois prochaines semaines seront très calmes. Bien sûr, il y en a qui s’excitent. Davantage dans les autres partis, comme chez Ecolo par exemple " Et ne venez pas lui parler de campagne sur les réseaux sociaux, il n’en voit pas l’intérêt : " Quand je lis qu’un ministre annonce à 23h30 sur Twitter qu’il va se coucher, je m’interroge. Qui est-ce que ça intéresse ? Tout le monde s’en fout ! "

Robert Collignon, lui, sait ce qu’aiment vraiment les Amaytois : le football. Dans un café de la chaussée Roosevelt, les conversations sont à mille lieues des politiques communales. Des clubs locaux aux matchs de la Champions League, le ballon rond est au centre de toutes les discussions. " J’ai été administrateur du Standard, il y a quelques années , explique la tête de liste socialiste en buvant un blanc coca. Je suis un supporter de la première heure. Les gens viennent souvent me parler foot. Un jour, un journaliste m’a demandé si je parlais parfois d’autre chose avec la population." (Rires).

Ainsi se passe une journée de campagne pour Robert Collignon, entre rendez-vous professionnels - il est encore avocat - et blancs cocas. " C’est ma tournée, Robert ", lance un habitué en entrant dans l’établissement. " La prochaine est pour moi , lui répond Robert Collignon. Il boira encore un verre dans la taverne voisine. Il faut faire vivre les commerçants du centre-ville ", dit-il.

A l’âge où beaucoup profitent de leur retraite, Robert Collignon repart au front. A 69 ans, cette élection sera sa dernière. A moins que " Il ne faut jamais dire jamais, sourit l’homme politique. Enfin, raisonnablement, on peut penser que c’est ma dernière campagne électorale. " Mais Robert Collignon est-il un homme raisonnable ?

Jean-Philippe Embrechts (st.)

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