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17/09/2012

Le porte-à-porte, champion de l’attrape-voix

art_203632.jpgFeu Jacques Simonet avait tout compris. Chaque vendredi, l’ancien bourgmestre d’Anderlecht battait le pavé anderlechtois et s’invitait chez les gens, ses électeurs. Cette abnégation lui a permis de bénéficier d’une notoriété sans égale dans le sud de Bruxelles et confirme l’issue de toutes les études récentes parues sur le sujet. Le porte-à-porte reste le meilleur moyen de faire grimper sa cote de popularité. Inutiles, les affiches placardées tous azimuts, les folders balancés dans la boîte aux lettres en fin de journée, les descentes sur les marchés et autres fêtes de quartier ?


“Non” , tempère le directeur du Cevipol Jean-Benoît Pilet. “Toutes ces méthodes n’engendrent aucun effet négatif chez l’électeur. La vraie question est de savoir si cet effet est positif et dans quelle mesure. Plusieurs études menées dans des pays proches de la Belgique montrent deux choses. L’impact des affiches et autres folders semble marginal et le porte-à-porte est très efficace.”

D’après la littérature, “la beauté des gens sur les affiches a un impact sur le choix de l’électeur. Les partis politiques devraient se concentrer sur le porte-à-porte et les coups de téléphone de militants aux électeurs plutôt que dans l’affichage et le folder. Au Royaume-Uni, l’on a constaté que le fait de sonner chez les gens faisait grimper la notoriété d’un candidat ou d’un parti de 5 à 10 %” , poursuit le politologue.

Ces techniques, notamment le téléphone, sont largement employées dans les pays anglo-saxons et cela fonctionne. “Le fait de téléphoner directement chez l’électeur semble par ailleurs ne pas le déranger. Il ne ressent pas le côté intrusif de la démarche.” S’inviter chez l’électeur demande néanmoins beaucoup de temps et d’énergie. La plupart des partis politiques préfèrent user et abuser des marchés et autres fêtes de rue, brocantes locales, etc.

Certains n’hésitent pas à distribuer leur trombine devant les écoles où sont scolarisés leurs enfants. Shocking  ? “Franchement, oui” , témoigne Muriel (35 ans, deux enfants). “La semaine passée, quatre parents d’élèves inscrits sur des listes Écolo et CDH m’ont abordée et m’ont refilé leur tract. Alors qu’en temps normal, on se dit juste bonjour le matin ou le soir lorsqu’on se croise pour aller chercher nos enfants. J’y vois plus de l’opportunisme qu’autre chose. Et ce n’est pas malin. C’est la rentrée scolaire. Les enfants sont heureux, les parents ont clairement autre chose à penser. On n’a pas envie de les voir.”

Cet été, Écolo pensait distribuer, dès la rentrée, un tract commun sur les enjeux de l’école. Ils ont fait marche arrière. À chacun ses méthodes…

Dans les fêtes de rue, il n’est pas rare de voir débarquer des cohortes de candidats tout de rouge ou de bleu vêtus. “Ils débarquent en force, histoire de se faire remarquer” , témoigne un candidat d’une autre couleur. “Ils s’assoient en terrasse, boivent un verre, papotent entre eux et poursuivent leur chemin. Je ne vois pas l’intérêt. Une fois, ils ont débarqué à 15 dans une fête de rue organisée par les riverains. Ils ont mangé toutes les saucisses et sont repartis… Zéro respect et zéro rentabilité. Moi, je ne m’incruste jamais dans une fête de quartier si je ne connais pas une personne. Et je passe mon temps à parler. Pas de tee-shirts aux couleurs du parti, pas de folders, pas d’affiche.”

Sur les marchés aussi, les gros candidats débarquent en force. Mais là, les électeurs semblent assez respectueux. Un autre élu les classe en trois catégories, “en trois tiers”  : “ceux qui passent sans te regarder, ceux qui t’envoient bouler direct et ceux qui t’écoutent, reçoivent ton message”. Message reçu ?

Mathieu Ladevèze

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