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27/08/2012

Pierre Verjans (ULg) : "Le PS veut dribbler l’extrême droite"

pict_441497.jpgSi l’on s’en tient aux discours officiels de l’université d’été du PS, tenus samedi dernier sur le site du Grand Hornu (près de Mons), la sécurité sera un thème essentiel de la campagne pour les élections locales du 14 octobre. Mais pourquoi un parti de gauche fait-il d’un sujet classique de la droite son cheval de bataille ? Réponse de Pierre Verjans , politologue à l’ULg.


On n’attendait pas forcément le PS sur la question de la sécurité…

En effet, mais on sent la volonté des socialistes de ne pas se faire chiper ce thème par la droite. En France, la gauche, lors des présidentielles et lors des législatives, avait mis en avant cette question également. Elle a dénoncé le fait que Sarkozy a fait disparaître la police de quartier, ce qui a augmenté l’insécurité essentiellement dans les quartiers pauvres, c’est-à-dire là où les gens n’ont pas assez de moyens pour se protéger eux-mêmes. En Belgique, dans le discours du PS, on sent des accents chevènementistes. À l’époque où Jean-Pierre Chevènement était ministre de l’Intérieur du gouvernement Jospin, il disait que la sécurité des plus modestes était un objectif de gauche. Maintenant, attendons de voir si l’appareil de propagande électorale du PS va continuer à utiliser ce thème jusqu’aux élections. Mais, pour le PS, c’est une façon de dribbler le MR là où on attend peut-être davantage ce parti.

Dribbler le MR, mais aussi et peut-être surtout l’extrême droite ?

C’est clair. En 1994, il y avait eu des transferts importants de voix du PS vers l’extrême droite surtout dans le Hainaut et en région liégeoise. En fait, dans les bassins industriels. Ici, pour le PS, c’est donc aussi l’idée de combattre ce risque-là aux élections du 14 octobre. Depuis les années 60-70, depuis que la classe ouvrière a pu s’acheter une télévision, une voiture, elle est devenue attachée aux valeurs liées à la sécurité. Qui est d’ailleurs un thème qui en général marche très bien électoralement

La sécurité et le PS, est-ce tout à fait neuf ?

Mettre la sécurité comme la priorité, oui, c’est nouveau dans le discours du PS. Mais pas dans la logique de la gauche en général. Pour le PS, utiliser la sécurité, c’est aussi faire campagne autour de propositions sur lesquelles les autres partis ne vont sans doute pas l’attaquer.

Mais n’y a-t-il pas un danger d’en faire le thème central de toute la campagne et que cela profite finalement aux partis plus à droite ? On a déjà vu pareil retournement…

C’est toute la question de savoir si une formation politique peut s’approprier un thème auquel ses adversaires font traditionnellement référence tout en réussissant à imposer sa marque. En France, Chirac et Sarkozy avaient bien réussi à prendre à la gauche le thème de la fracture sociale pour l’un et la question du pouvoir d’achat pour l’autre. Le PS semble avoir fait ce genre de pari puisque le président du parti, Thierry Giet, a très clairement placé la sécurité comme la priorité. Le fait que le PS soit le premier à aborder ce thème va sans doute l’aider à garder l’initiative.

Le PS ne devrait-il pas plutôt attaquer ses adversaires de gauche ? Drôle de stratégie électorale…

Au niveau local, les petits partis ont moins de chance d’emporter un siège. Donc, pour le PS, le PTB par exemple est une menace assez marginale. Lors des élections locales, il y a clairement un effet de personnes dans les votes. Au niveau communal surtout car au niveau provincial, les votes en case de tête sont deux fois plus importants qu’aux communales. Bref, cet effet de personnes avantage le PS par rapport à ses adversaires de son bord idéologique. Ecolo, qui est pourtant bien connu au niveau fédéral ou régional, a des candidats qui restent assez méconnus au niveau local.

Les communes sont aussi un échelon de pouvoir où l’on trouve des compétences importantes en matière de sécurité.

En effet, les zones de police sont constituées de manière intercommunale. Il y a un projet politique important à développer dans ce cadre. On peut aborder le thème de la sécurité de manière répressive ou de manière préventive. Par exemple, organiser la distribution gratuite d’héroïne, cela peut servir à diminuer l’insécurité par une action préventive. Toutefois, dans le discours de Thierry Giet, il y avait surtout des termes correspondant au volet répressif de la politique de lutte contre l’insécurité.

Entretien : Frédéric Chardon

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