Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

20/06/2012

La "boîte noire" des élections communales

Deux politologues de la VUB ont étudié la formation des coalitions communales. La signature de préaccords est très ancrée dans notre culture politique.

Les élections communales approchent à grands pas. Si la campagne paraît encore paisible, ça s’agite tous azimuts en coulisses pour préparer, entendez : négocier les coalitions futures. C’est la principale conclusion d’une étude de fond réalisée dans dix communes flamandes et dix communes wallonnes dans la foulée du scrutin de 2006 par les politologues Kris Deschouwer et Fanny Wille. Une aubaine, car la littérature politique scientifique sur ces élections reste rare. L’ouvrage en néerlandais a été présenté mardi au Vlaams Parlement et sortira dans quelques jours en français. En voici les grandes conclusions.


1. Les préaccords appartiennent à notre culture politique. Le système municipal belge est particulier en ce sens qu’il est totalement "parlementaire", du vote à la mise en place des majorités. Pourtant, si l’électeur a le dernier mot dans l’isoloir, les partis sont très "accros" à la conclusion de préaccords à tel point qu’il y en eut dans 75 % des communes étudiées par les deux chercheurs. L’étude voulue anonyme afin que les intéressés puissent se confier sans crainte aux politologues montre pourtant que ça gêne les politiciens locaux mais qu’ils ne les recherchent pas moins. Y compris les écolos qui, pour se dédouaner, les rendent publics d’avance, comme à Ottignies-LLN. Cela dit, la N-VA, comme parti encore relativement nouveau, jouera gros le 14 octobre. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. En Wallonie, 60 % des communes ont encore des majorités absolues; ce n’est plus le cas que dans 40 % des communes flamandes.

2. Les préaccords se préparent parfois avant la fin de la législature précédente. Aussi surprenant que ça paraisse, ce phénomène n’est pas rare. Dans 10 % des communes, ce fut le cas. Place donc à la stratégie et à un jeu ouvert dans toutes les directions. Avec une exception liée au cordon sanitaire : ni le Vlaams Belang ni l’extrême droite francophone n’y sont jamais associés.

3. Les élections communales ne sont pas idéologiques. Les grandes idéologies ne jouent guère sur le plan local, ce qui ouvre encore plus le jeu. Mais cela entraîne qu’il y ait peu de cartels. Exception notable: l’alliance CD&V-N-VA en 2006. Autre constat : il va de soi que les partis choisissent aussi des échevinats en fonction de leur "core business". Ainsi le SP.A choisira souvent les Affaires sociales ou l’Enseignement. Mais occuper le pouvoir vaut quelques concessions.

4. La conclusion des accords se fait dans le plus grand secret . Les partis locaux ne sont pas toujours très fiers de distribuer les postes avant d’avoir donné la parole à l’électeur, mais il y a aussi la crainte de perdre la face et d’échouer dans ces négociations secrètes. Si cela s’apprend, ils ont du mal à remonter la pente et à expliquer qu’ils sont plus corrects que les concurrents. Souvent, ces préaccords sont conclus devant notaire - question de cadenasser toute velléité de changement d’alliance par la suite.

5. Comme sur le plan fédéral ou régional, le paysage communal wallon est moins fluctuant que celui du nord. Ainsi le parti de Jean-Marie Dedecker, monté en force en 2007 lors des législatives et en 2009 lors des régionales, n’a guère d’espoir de s’imposer sur le plan communal, son heure de gloire étant passée. La stabilité wallonne s’explique aussi par le fait que les sections locales des partis s’affrontent bien davantage au sein de listes d’union. En outre, la Wallonie compte également davantage de communes moins peuplées où il y a peu de sièges à conquérir.

"Over mensen en macht. Coalitievorming in de Belgische gemeenten" chez ASP s’appellera en français "A propos d’hommes et de pouvoir, la formation des coalitions au sein des communes belges". Rens. : 02.289.26.54 ou www.aspeditions.be

Christian Laporte

Les commentaires sont fermés.