Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

02/04/2012

Molenbeek-Saint-Jean: Moureaux va-t-il être détrôné?

pict_411717.jpg

L’emblématique maïeur fait face aux ambitions au sein même de sa majorité. “J’ai cristallisé la vie politique autour de mon nom”, reconnaît-il.

Molenbeek et Moureaux, les deux noms sont liés depuis plus de vingt ans maintenant Pour le meilleur et pour le pire, selon les points de vue. Car à Molenbeek-Saint-Jean, le personnage ne laisse personne indifférent : le style Philippe Moureaux, on n’aime ou on n’aime pas. "Dès mon arrivée, j’ai cristallisé autour de moi un noyau de très forte adhésion et un noyau de très fort rejet, reconnaît le bourgmestre. J’ai été le premier à ouvrir la vie politique aux personnes d’origine étrangère, tout comme j’ai changé le comportement public face à des religions telles que l’Islam. A l’époque ce fut un choc, mais je constate que beaucoup de bourgmestres bruxellois ont suivi mon exemple depuis."


Du haut de ses 73 ans, Philippe Moureaux (PS), dont le franc-parler a déjà fait couler beaucoup d’encre ("en Flandre, plusieurs journalistes me considèrent comme le diable en personne : on est entré dans une société jésuitique, hypocrite, on doit toujours arrondir les angles. Ce n’est pas mon style") se présentera bien comme candidat à sa propre succession en octobre prochain. "Je peux mourir d’ici là, poursuit le maïeur. Mais si la santé m’est acquise et si les Molenbeekois me font à nouveau confiance, oui, je repars pour six ans. Avec la même passion".

Et toujours aussi omnipotent sur sa liste. Après avoir fait des appels avortés du pied à Laurette Onkelinx ou à Marie Arena, on estime, au PS, que la relève socialiste n’est pas encore mûre pour entamer "l’après Moureaux". Car si la liste n’est pas encore établie, il n’y aura pas de transfuge de dernière minute, nous assure le maïeur. Le bourgmestre mise sur la "continuité" et sa "réussite passée", d’un point de vue urbanistique notamment. Quand je suis arrivé, le Molenbeek historique était quasi en ruine. J’ai un bilan exceptionnel à ce niveau-là." Reste que rien n’est acquis pour l’ancien ministre. Et pour cause, la population a fortement changé ("40 % des électeurs sont nouveaux par rapport à 2006") et les ambitions ont poussé, à gauche et à droite. Et notamment dans la maison communale, au sein même de sa majorité.

Ainsi le MR de Françoise Schepmans, qui avait presque fait autant de voix que le PS en 2006, ne cache plus ses ambitions de prendre les rênes du pouvoir. Longtemps confinée dans l’ombre de Philippe Moureaux, "un homme qui partage peu le pouvoir, tout est une question de rapport de force avec lui", l’actuelle première échevine table sur sa longue expérience politique dans la commune. "Il existe de vrais problèmes de sécurité à Molenbeek et le bourgmestre a des difficultés à le reconnaître, tout comme il montre un certain laxisme face aux nombreuses incivilités ", explique-t-elle. "Quand il y a un drame à Molenbeek, c’est la faute du bourgmestre, répond M. Moureaux. Quand cela se passe à Anderlecht, c’est la fatalité. Cela fait partie d’une campagne qui a été organisée contre la politique que je mène".

Le parti réformateur veut aussi davantage de "mixité sociale" en ramenant notamment les jeunes ménages à revenu moyen dans la commune. "Il faut plus de logements conventionnés", explique la députée bruxelloise. Car la commune change. Et c’est peu de l’écrire : elle a gagné près de 25000 habitants en moins de 20 ans. Ce défi de l’intégration de cette nouvelle population est majeur pour l’ensemble des partis politiques interrogés. Le MR se prononce pour une sorte de "inburgering", un parcours d’intégration comme cela se fait en Flandre. Le bourgmestre ne veut pas le rendre obligatoire. "Ce serait indécent, dit M. Moureaux. Le boom démographique n’est pas uniquement lié à l’immigration et regroupement familial, explique-t-il . Dans le nouveau Molenbeek, il y a énormément de constructions avec une population très diversifiée et puis le long du canal on a une population plus "bobo", avec pas mal de Flamands. C’est très curieux, alors que la presse flamande nous détruit jour après jour".

La commune de Molenbeek est aussi devenue l’une des plus jeunes du Royaume. "Toute cette jeunesse, c’est un atout énorme pour notre entité, mais il faut que ces jeunes soient formés. On doit mettre toutes nos forces là-dessus, plaide Françoise Schepmans. Un discours que l’on retrouve du côté d’un autre membre de la majorité molenbeekoise, le CDH, qui a déjà averti qu’il lancerait sa propre liste. Elle sera emmenée par l’actuel échevin Ahmed El Khannous. "La mise à l’emploi est fondamentale, explique-t-il. Il existe plus de 40 % de chômage chez les moins de 26 ans et cette situation est une bombe sociale. On ne peut pas accepter qu’une frange entière de la population soit marginalisée de la sorte".

La création de crèches et d’écoles figure également sur le programme du FDF, qui se présentera seul cette année, avec à sa tête le très jeune Michaël Vossaert, 25 ans. "On veut insuffler un souffle nouveau à Molenbeek, mais ma liste sera également composée de candidats expérimentés", explique l’ancien collaborateur parlementaire.

Enfin, dans l’opposition, Ecolo fourbit ses armes. Emmené par Sarah Turine, le parti espère aussi conquérir la maison communale. Sur son site, l’ancienne coprésidente écologiste plaide, notamment pour "davantage de dialogue entre les communautés et les générations". Et preuve que le jeu des alliances est déjà en route : tous les partis de la majorité reconnaissent les mérites de l’opposition. "Sarah Turine est une personne de talent, mordante parfois. Mais elle n’a pas mené une opposition bête et méchante", dixit M. Moureaux, "himself".

Raphaël Meulders

Les commentaires sont fermés.