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19/02/2012

Les alliances préélectorales, vice ou vertu ?

pict_402211.jpgIl y a le risque qu’en se focalisant sur l’indicateur des voix de préférence, le personnel politique cherche plutôt à faire des voix et mette entre parenthèses la dimension gestionnaire. Entretien avec Pascal DELWIT, Politologue (ULB).


On parle déjà beaucoup, ici et là, des prochaines élections communales et notamment des alliances préélectorales. Est-ce normal ?

Le phénomène des alliances préélectorales est inévitable mais il faut le relativiser parce que beaucoup n’aboutissent pas. Un nombre important de ces alliances virtuelles seront modifiées à la lumière des résultats. Il y a assez régulièrement rupture du contrat d’alliance et à chaque élection, on a des exemples célèbres : lors des communales de 2000, à Bruxelles-ville ou celles de 2006 à Schaerbeek. Cela dit, dès lors qu’il y a accord préélectoral, le plus sain est de le présenter à l’opinion et d’en faire le cœur de la campagne électorale, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. L’exemple sans doute le plus connu, c’est Ottignies-Louvain-la-Neuve où, en 2006 et de nouveau en 2012, les trois partis de l’alliance annoncent qu’ils proposent à l’électeur de travailler en commun avant même la campagne. Donc, les choses sont transparentes.

Mais ces alliances, le plus souvent, sont secrètes…

Dans l’écrasante majorité des cas, elles le sont. Ou discrètes à tout le moins. Mais elles ne sont pas toujours extrêmement formalisées. Les accords sont régulièrement oraux, et très rarement écrits.

Et dans ce cas-là, elles sont perverses ?

Je ne dirais pas cela. Je crois qu’il est quasi-inévitable qu’il y ait des discussions préalables à un scrutin. C’est souvent à l’échelon de la commune, mais cela peut aussi se passer au niveau provincial où les accords englobent des alliances pour la députation permanente.

Ces alliances sont aussi parfois en contradiction avec celles aux niveaux régional ou fédéral.

On ne suit pas toujours. D’abord parce qu’à l’échelon local, il y a une dimension de relation entre les personnes qui outrepasse les couleurs politiques. Ensuite, depuis 2004, il y a des alliances diverses à différents échelons de pouvoir, ce qui rend les injonctions supérieures plus difficiles. Ainsi, dans la partie francophone du pays, les quatre grands partis sont alliés à un niveau de pouvoir et pas nécessairement à l’autre.

Les nouvelles règles wallonnes en matière, par exemple, d’élection du bourgmestre, sont-elles bien intégrées ?

Pas toujours. Il y a une idée en tête que c’est le candidat qui a le plus de voix de préférence qui sera bourgmestre. Or, ce n’est pas cela. C’est le candidat qui a recueilli le plus de voix de préférence sur la principale liste de la coalition qui devient bourgmestre. Or, il se peut bien sûr que le premier parti ne fasse pas partie de la coalition. Cela relativise l’aspect de démocratie directe qu’on a voulu introduire pour la première fois en 2006.

Ces règles vous paraissent-elles saines ?

Il y a deux logiques. D’abord celle de la popularité des personnes et de ce point de vue l’indicateur voix de préférences est important. En même temps, il y a le risque qu’en se focalisant sur cet indicateur, le personnel politique cherche plutôt à faire des voix et mette entre parenthèses la dimension gestionnaire.

Entretien : Jean-Paul Duchâteau

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